Cultures de diversification : moins de 6 % des terres agricoles, malgré l’objectif de doubler les légumineuses
Une étude commandée par le ministère de l’Agriculture sur treize cultures montre que rendements, prix et logistique freinent des filières pourtant soutenues par la demande de protéines végétales.
En bref
- Une étude commandée par le ministère de l’Agriculture a analysé treize cultures de diversification, dont sept légumineuses.
- Hors colza et tournesol, ces cultures couvraient moins de 6 % de la surface agricole utilisée de 2015 à 2020.
- Rendements, prix et logistique expliquent leur développement modeste malgré une demande croissante de protéines végétales.
La politique agricole française veut multiplier les cultures dites de diversification, mais leur essor reste modeste. Pour comprendre ce décalage, le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire a commandé une étude sur la valorisation de leurs produits et coproduits, présentée dans une note d’analyse de gouv.fr. Mieux valoriser ce qui sort de ces champs est présenté comme une piste pour accélérer leur développement.
Une étude sur treize cultures
Le travail a été confié à Ceresco, en partenariat avec B4C et l’unité de recherche et développement en agro-biotechnologies industrielles d’AgroParisTech. Il porte sur treize cultures : sept légumineuses (soja, pois, féverole, lupin, lentille, pois chiche, luzerne), trois oléagineux (tournesol, colza, lin) et trois cultures non alimentaires (chanvre, lin fibre, miscanthus).
Des fiches ont été rédigées pour onze grands bassins de production. Des ateliers ont ensuite réuni vingt-cinq experts d’entreprises de transformation, d’entreprises semencières, de la recherche et d’instituts techniques agricoles, afin d’imaginer de nouvelles pistes de valorisation.
Des ambitions qui dépassent les surfaces
La Stratégie nationale en faveur du développement des protéines végétales prévoit de doubler les surfaces de légumineuses cultivées entre 2020 et 2030. Sur le terrain, l’écart est net : hors colza et tournesol, les cultures de diversification occupaient moins de 6 % de la surface agricole utilisée nationale sur la période 2015-2020.

Cette moyenne cache de fortes disparités selon les territoires :
| Zone | Part de la SAU en cultures de diversification (2015-2020) |
|---|---|
| Bassin méditerranéen | 16 % |
| Zones intermédiaires | environ 1 % |
Rendements, prix, logistique : les freins
- Des rendements qui stagnent ou reculent : le soja est difficile à produire sans irrigation, la diversité génétique manque en lentilles et pois chiches, et la gestion des ravageurs reste ardue. Le réchauffement climatique aggrave ces difficultés.
- Des prix insuffisants : ils ne compensent pas les rendements plus faibles, surtout là où dominent des cultures industrielles ou spécialisées à marges élevées.
- Une logistique exigeante : les produits étant souvent pondéreux, il faut des filatures, des usines de teillage ou des unités de trituration à proximité, ainsi que des lieux de stockage.
- Des débouchés peu rémunérateurs : alimentation animale et export brut dominent, alors que l’alimentation humaine et les usages non alimentaires, plus créateurs de valeur, restent peu développés.
Le cas du pois illustre cet engrenage. Ses rendements ont baissé à cause d’Aphanomyces, une pourriture racinaire : il n’existe ni moyen de lutte ni variété peu sensible. Les organismes stockeurs se sont en partie détournés de cette culture.
Des leviers qui existent déjà
Le contexte reste porteur. La demande de protéines végétales, qui remplacent des protéines importées, progresse. Les filières « origine France » et « sans OGM » se développent, et le verdissement progressif des aides de la PAC incite à varier les rotations. Pour approfondir le sujet, voir aussi les protéines végétales pour notre avenir.
Pour les plantes à fibres, la RE2020, qui encourage les matériaux bio-sourcés à faible empreinte carbone dans la construction, les certifications de traçabilité pour le textile et la commande publique pourraient contribuer à leur essor.
Photo : Mirko Fabian / Pexels



