Les Fidji investissent 2 milliards pour sortir des fossiles, mais leurs barrages baissent

Important tout son pétrole, l’archipel mise sur le solaire et deux barrages, mais une panne géante et la baisse des réserves d’eau révèlent ses fragilités.

Bastien Rouquette Par Bastien Rouquette
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Les Fidji investissent 2 milliards pour sortir des fossiles, mais leurs barrages baissent
Des panneaux photovoltaïques au sol illustrent le solaire, l’une des pistes pour sortir des fossiles évoquées dans l’article, sans montrer les Fidji.

En bref

  • Les Fidji prévoient 2 milliards de dollars fidjiens d’investissements sur dix ans pour quitter les hydrocarbures.
  • Objectif affiché : 90 % d’énergie renouvelable en 2035.
  • Au village de Rukurukulevu, des habitants installent déjà des panneaux solaires.
  • Les niveaux des barrages baissent et le ministre évoque un possible rationnement.

Les Fidji ne produisent aucun hydrocarbure et importent tout ce qu’elles consomment. D’après Sciences et Avenir, les carburants fossiles pèsent plus de 10 % du produit intérieur brut de l’archipel, qui accélère sa transition sous la pression de la flambée des prix.

Une facture fossile qui pèse sur l’économie

Le ministre des Travaux publics, des Services météorologiques et des Transports, Ro Filipe Tuisawau, a chiffré cette dépendance auprès de l’AFP. Il parle d’une « énorme ponction sur nos ressources ». Selon lui, l’importation de carburants polluants absorbe aujourd’hui jusqu’à 400 millions de dollars fidjiens (159 millions d’euros) par an.

12 %du produit intérieur brut consacré chaque année aux carburants importés, selon le ministre
400 millionsde dollars fidjiens par an au maximum pour cette facture

Le ministre ajoute que la situation s’alourdit : « Avec les prix, avec les enjeux géopolitiques, et en plus El Niño en ce moment, la situation est très difficile. » El Niño est donc cité comme un facteur aggravant, et non comme l’origine du plan.

Un plan d’investissement projet par projet

Les autorités prévoient 2 milliards de dollars fidjiens (800 millions d’euros) sur la prochaine décennie, avec d’importants projets solaires et hydroélectriques. Le but affiché : tirer 90 % de la consommation d’énergie des renouvelables d’ici 2035. Voici la répartition annoncée.

Poste Montant prévu
Fermes solaires, sur quatre ans au moins 460 millions de dollars fidjiens (182 millions d’euros)
Deux nouveaux barrages hydroélectriques environ 650 millions (258 millions d’euros)
Extension des principales lignes de transport d’électricité plus de 700 millions

À Rukurukulevu, le solaire arrive par les voisins

Dans ce village, l’électricité n’est parvenue que cette année au dernier bâtiment encore privé de courant, un jardin d’enfants proche de la mer. Mais la note grimpe. Le porte-parole du village, Vereniki Nalio, explique : « Certaines maisons reçoivent des factures de 100 dollars et plus. L’église, les salles communes et la maison du pasteur, c’est autour de 200, presque 300 dollars par mois. »

Plusieurs voisins de Vereniki Nalio ont posé des panneaux solaires pour s’affranchir du réseau national. Selon lui, la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre au Moyen-Orient a changé le regard du village sur les renouvelables. Il se souvient aussi d’une rumeur de pénurie d’essence qui a déclenché la réflexion sur le solaire.

Le village projette désormais d’alimenter ses principaux bâtiments publics grâce au soleil, chaque habitant participant au règlement des coûts. Certains disposent déjà de petites lampes solaires pour éclairer les chemins entre les maisons, le reste dépendant encore largement du réseau.

Réseau instable et barrages sous tension

Début octobre, l’archipel a accueilli une réunion préparatoire à la COP31, où les dirigeants ont été pressés de débloquer vite des financements pour la transition énergétique. Le deuxième jour, une importante panne a plongé les 4 000 participants dans le noir : le réseau instable du pays avait été submergé.

Le système hydroélectrique est lui aussi exposé. Selon le ministre, les niveaux des barrages baissent et la situation sera critique si la pluie ne revient pas d’ici la mi-novembre.

Photo : Quang Nguyen Vinh / Pexels

Bastien Rouquette

Écologie, société et futurs possibles

Bastien Rouquette

Bastien Rouquette est ingénieur en génie énergétique et a travaillé dans un bureau d'études spécialisé dans les bâtiments basse consommation. Il écrit pour Vivre Demain sur les énergies renouvelables, les transports, les économies d'énergie et l'architecture durable. Il se rend au travail en train et à vélo pliant.