Un bac d’eau enterré a réuni merles et fauvettes pendant la canicule

Antoine Lavorel, 23 ans, a vu un nichoir à faucons accueillir cinq jeunes dans son village. Son témoignage de terrain éclaire un manque d’abris peu visible.

Agnès Pradel Par Agnès Pradel
3 min de lecture
Un bac d’eau enterré a réuni merles et fauvettes pendant la canicule
Un nichoir rouge suspendu à un arbre : un abri pour oiseaux, comme les merles et fauvettes évoqués pendant la canicule, mais cette photo n’en montre aucun.

En bref

  • Antoine Lavorel, photographe naturaliste de 23 ans, parle d’une crise du logement pour les oiseaux.
  • Il relie ce manque de cavités aux plantations d’arbres droits et à la rénovation des bâtiments.
  • Il rapporte des occupations de nichoirs en quelques minutes et un bac d’eau très fréquenté pendant la canicule.

Un arbre sans trou, une grange fermée, un verger disparu : pour Antoine Lavorel, les oiseaux manquent d’abord d’endroits où nicher. Ce jeune photographe suisse de 23 ans, qui a grandi au pied du Jura, près de la frontière française, a livré son constat à La Relève et la Peste. Il ne s’agit pas d’une mesure chiffrée, mais d’un témoignage de terrain, celui d’un passionné de pistage animalier.

Des forêts et des vergers sans cavités

Antoine Lavorel a grandi avec une mère botaniste et un père entomologiste. Il a participé au tournage du film « Le Chant des forêts », aux côtés de Vincent Munier, un tournage où l’on a pu observer le grand tétras, l’un des oiseaux les plus menacés d’Europe.

Son diagnostic tient en une phrase : « On n’a plus assez de vieux vergers, plus assez de vieux arbres tortueux, tous les arbres sont droits et lisses, donc il n’y a plus de cavité naturelle. » Dans une plantation d’épicéas, ou de pins comme dans les Landes, les troncs ont le même diamètre et aucune cavité.

Il décrit à l’inverse l’arbre tordu, où l’eau s’infiltre, fait pourrir le bois et crée un creux dont une chouette peut profiter. Selon lui, même le pic épeiche ne s’installe pas dans ces monocultures.

Qui perd son toit

Les pics noirs creusent une loge différente chaque année. Elle sert ensuite à la nyctale de Tengmalm ou au pigeon colombin, d’après le photographe.

Les bâtiments sont touchés aussi. La chouette effraie s’était implantée dans les granges, mais la rénovation obstrue ces vieux volumes et elle ne trouve plus où nicher. Il cite aussi le faucon crécerelle parmi les espèces concernées.

Ce qui a fonctionné chez lui

Ses exemples sont locaux et ne prouvent pas une efficacité générale, mais ils donnent des repères concrets.

5 minavant l’arrivée d’une mésange bleue dans le nichoir posé ce printemps
10 minplus tard, une mésange charbonnière
5jeunes faucons accueillis dès la première année par un nichoir du village
  • Un nichoir à mésanges, construit puis placé dans un arbre ce printemps, a été occupé en quelques minutes.
  • Dans le village, un nichoir à faucon a accueilli cinq jeunes dès la première année ; un deuxième, posé de l’autre côté, a vu d’autres faucons s’installer.
  • Un petit bac d’eau enterré cet été dans le jardin de son frère a réuni merles, fauvettes et pics pendant la canicule. Il le juge vital pour des centaines d’individus.

« On a toujours un peu l’impression que l’abri à oiseaux, c’est le truc un peu gadget pour faire plaisir aux enfants, mais cela a clairement un rôle crucial », affirme-t-il. Il ajoute : « Les oiseaux traversent une réelle crise du logement, et ces actions font vraiment du bien. Plus on sera nombreux à les aider, plus ils auront des chances de s’en sortir. »

Un climat qui change le paysage

Enfant, à 600 mètres d’altitude, il voyait de la neige en hiver, et des dizaines de grives et de merles venaient sur des pommes. Il n’y a plus de neige, dit-il, et ces passages de grives ont presque disparu. Les viornes obiers où il observait les bouvreuils sont mortes, et on n’entend presque plus ces oiseaux.

Il évoque aussi des espèces d’oiseaux absentes auparavant qui remontent plus haut, et la tarente de Mauritanie, un gecko, qui progresse vers le nord de l’Europe à cause du réchauffement.

Photo : Emir KANDİL / Pexels

Agnès Pradel

Écologie, société et futurs possibles

Agnès Pradel

Agnès Pradel a été technicienne dans un bureau d'études en environnement, chargée des inventaires de faune et de flore. Elle écrit pour Vivre Demain sur la biodiversité, le climat et la pollution : espèces menacées, qualité de l'air et de l'eau, rapports scientifiques et politiques publiques. Elle participe chaque printemps au comptage des oiseaux de son village.