Une ONG somme les enseignes de renoncer à l’énucléation des crevettes d’élevage
Yeux sectionnés sans anesthésie, abattage dans la glace : l’ONG ICAW demande aux distributeurs français de prendre des engagements publics sur ces pratiques.
En bref
- L’ICAW a publié son rapport le vendredi 16 octobre, à l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation.
- Quatre enseignes françaises ont promis d’interdire l’épédonculation et d’exiger l’étourdissement électrique d’ici 2030 ou 2035.
- E.Leclerc, leader du secteur, n’a pris aucun de ces engagements selon l’ONG.
- Carrefour, Casino, Lidl et Biocoop affichent des engagements partiels ou une interdiction déjà actée.
Les crevettes d’élevage subissent des pratiques que peu de consommateurs imaginent, et les enseignes françaises ne s’y sont pas toutes attaquées avec la même détermination. C’est le constat dressé par l’ONG de bien-être animal ICAW, qui a appelé les distributeurs à renforcer leurs engagements, selon Sciences et Avenir. L’organisation dénonce des « retards préoccupants » de certaines enseignes sur un sujet qu’elle juge méconnu.
Une espèce élevée à très grande échelle
Ces volumes font des crevettes les animaux les plus élevés en captivité de la planète. D’après l’ICAW, organisation basée aux États-Unis, la France est le pays de l’Union européenne qui en consomme le plus par habitant. Elle est aussi le deuxième importateur après l’Espagne, avec des approvisionnements venus surtout d’Amérique latine ou d’Asie.
Justine Audemard, responsable des négociations de l’ICAW, souligne que beaucoup ignorent les « méthodes extrêmement cruelles » infligées à ces animaux. Leur sensibilité a pourtant été reconnue par la communauté scientifique et par certains pays, comme le Royaume-Uni. Depuis 2023, l’ONG démarche des distributeurs européens pour « obtenir des engagements publics sur deux thématiques » : l’arrachage des yeux et les conditions d’abattage.
Yeux sectionnés, abattage dans la glace
L’épédonculation vise les femelles reproductrices. Elle est censée augmenter la fréquence de ponte, mais ce bénéfice n’est présenté que comme une intention. Décrite comme courante dans les élevages, elle consiste à couper un ou les deux pédoncules oculaires, qui contiennent une glande influençant le cycle ovarien. L’opération se fait sans anesthésie, avec une lame de rasoir ou des ciseaux chauffés, alors que la crevette est pleinement consciente.
L’abattage pose un second problème. Les crevettes sont généralement plongées dans une bouillie de glace, méthode censée les insensibiliser puis les tuer rapidement. Selon le rapport, les conditions pour que cela fonctionne sont rarement réunies à l’échelle industrielle. L’ICAW indique qu’il n’est pas rare que les animaux agonisent plusieurs minutes, tandis que d’autres meurent par suffocation une fois sortis des bassins. L’ONG promeut l’étourdissement électrique.
Où en sont les enseignes
| Situation | Enseignes | Précisions |
|---|---|---|
| Engagement complet | Les Mousquetaires/Intermarché, Coopérative U, Auchan, Aldi | Interdire l’épédonculation chez les fournisseurs et exiger l’étourdissement électrique d’ici 2030 (2035 pour Aldi) |
| Engagement partiel | Carrefour | Élimination de l’épédonculation d’ici 2027 et 2029 selon les espèces |
| Pratique bannie | Casino (Monoprix, Franprix), Lidl, Biocoop | Engagements portant sur les yeux, pas sur l’étourdissement |
| Aucun engagement | E.Leclerc | Leader du secteur, sans réponse à l’AFP |
Pour Biocoop, l’agriculture biologique interdit cette méthode.
Ce que répondent les enseignes
Sollicitées par l’AFP, plusieurs enseignes ont détaillé leur démarche, sans vérification indépendante de leurs déclarations.
- Carrefour dit travailler avec ses fournisseurs sur l’étourdissement électrique à partir de 2027, pour ses marques propres comme pour le reste de son offre.
- Lidl prévoit de participer activement à une initiative sectorielle de la filière.
- Biocoop déclare consolider de nouveaux engagements pour 2027.
- Picard affirme agir depuis 2019 pour accompagner ses filières vers l’arrêt de l’épédonculation, l’immense majorité de ses références étant déjà conforme.
Avancées déclarées
Grand Frais affirme que 90 % de ses crevettes viennent de fournisseurs qui ne pratiquent pas ou plus l’épédonculation, et dit avoir constitué un groupe de travail.
Contraintes invoquées
Grand Frais décrit l’étourdissement électrique comme un « sujet complexe », qui suppose des investissements et soulève des contraintes techniques pour ses fournisseurs et toute la filière.
Pour le lecteur, ces positions permettent de situer chaque enseigne : certaines ont fixé des échéances chiffrées, d’autres s’appuient sur des démarches en cours. Les textes de l’ICAW sur les étiquettes de bien-être animal ne concernent pas ce dossier, mais rappellent que l’information au consommateur reste un chantier ouvert.
Illustration générée par IA



