Puisatier en Bourgogne, Benoît relance des puits à sec
Benoît Jacquel-Blanc curait déjà des puits avec son père. La sécheresse a fait exploser ses demandes, alors que le métier compterait à peine dix praticiens.
En bref
- Selon Reporterre, une dizaine de puisatiers seulement exerceraient encore en France.
- Benoît Jacquel-Blanc dit voir son activité progresser de 30 à 40 % en un an.
- Depuis 2009, tout puits domestique doit être déclaré en mairie et équipé d’un compteur.
- Un hydrogéologue du BRGM invite à réduire les consommations avant de chercher de nouvelles sources.
Un vieux puits en pierre, huit mètres de profondeur, un échafaudage dressé dans un jardin de Lans, en Saône-et-Loire : c’est là que Benoît Jacquel-Blanc, puisatier, enfile son baudrier avant de se glisser dans l’ouvrage. D’après Reporterre, son métier, presque oublié, ne serait plus pratiqué que par une dizaine de personnes en France.
Un métier transmis de père en fils
Originaire de Nuits-Saint-Georges, en Côte-d’Or, ce quadragénaire est fils de puisatier. « Je suis tombé dedans tout gamin : mon père m’emmenait sur ses chantiers », raconte-t-il. Il y a six ans, il a repris l’entreprise paternelle. Il sillonne depuis la Bourgogne-Franche-Comté pour entretenir, curer et réhabiliter des puits existants.
Ces ouvrages, communs ou privés, rythmaient autrefois la vie des villages. Ils ont été peu à peu délaissés quand l’eau courante est arrivée à domicile, dès les années 1960 dans les campagnes. Beaucoup sont devenus des pots de fleurs, ont été bouchés ou menacent de s’effondrer.
À Lans, un curage au fond de la boue
Sur ce chantier, Benoît est accompagné de Philippe Rochette. Le premier descend, le second manœuvre un treuil électrique qui remonte les seaux, vidés ensuite dans une brouette. Au fond, le diagnostic tombe en moins d’une demi-heure : des végétaux, des branchages et près d’un mètre de boue. L’objectif est de retirer déchets et sédiments jusqu’au niveau d’origine, là où l’eau alimente l’ouvrage.
Ici, l’alimentation vient d’une petite veine d’eau, un écoulement issu des pluies qui s’infiltrent dans le sol. Elle cesse de couler après deux ou trois mois sans pluie, ce qui était le cas lors de l’intervention. Les propriétaires, un couple de 57 et 56 ans, racontent que leur puits est à sec chaque été, et de plus en plus tôt. Cette année, c’est la première fois depuis leur achat, il y a quatre ans, qu’ils ne peuvent pas s’en servir pour arroser. Ils réutilisent déjà les eaux grises de la maison grâce à une microstation d’épuration.
Pourquoi le téléphone ne s’arrête plus de sonner
« Après l’été sec qu’on a eu cette année, mon téléphone n’arrête pas de sonner ! », dit Benoît. Il affirme avoir reçu quinze demandes par jour d’un coup, avec une activité en hausse de 30 à 40 % sur un an. Ces chiffres sont les siens, tout comme le lien qu’il établit avec la sécheresse.
Le contexte hydrologique pèse. Cet été, des communes de Côte-d’Or, dont Quincerot et Quincy-le-Vicomte, ont dû être ravitaillées par camions-citernes. Étienne Brulebois, ingénieur hydrogéologue au BRGM de Bourgogne-Franche-Comté, rappelle que toutes les nappes ne se rechargent pas au même rythme. Dans les zones calcaires comme la Côte-d’Or, les aquifères sont très sensibles aux sécheresses. En octobre, la situation y est donc un peu plus dégradée qu’à l’échelle nationale, et la vidange des nappes se poursuit. Il faudrait plusieurs semaines de pluie pour inverser la tendance.
À Bligny-lès-Beaune, Patrick Duréault, 70 ans, a fait réhabiliter deux puits d’au moins 200 ans. « Il y avait presque 3 mètres de détritus », dit-il, avec 6 à 7 mètres d’eau en dessous. Il l’utilise avec parcimonie pour arroser, une fois tous les quinze jours.
Ce que dit la règle, et la limite de la sobriété
Remettre un puits en état n’est pas anodin. Pour Benoît, nettoyer ces ouvrages, souvent devenus des dépotoirs parfois remplis de déchets toxiques, limite la prolifération des bactéries et la contamination des nappes. « Restaurer les puits, c’est préserver le petit patrimoine local témoin d’une autre époque », dit-il.
L’eau appartient au propriétaire du terrain, mais elle reste une ressource commune. Étienne Brulebois estime que la remise en service d’anciens puits peut soulager un foyer ou une collectivité, à condition de s’interroger d’abord sur ses usages. « Avant de chercher à utiliser de nouvelles sources d’eau, cherchons à réduire nos consommations », insiste-t-il.
À Lans, une bruine a fini par tomber sur le jardin à la fin du chantier, la première depuis trois semaines. « Trois fois rien », a soupiré Apolline, la propriétaire.
Photo : Boris Hamer / Pexels



