La France 14e sur 27 pour le recyclage des plastiques, malgré un tri qui fonctionne sur les bouteilles PET
Production multipliée par 30 depuis 1964, tri inadapté, produits pensés sans recyclage : un chercheur de l’IMT Mines Alès décrit où la matière se perd.
En bref
- La production mondiale de plastiques a été multipliée par 30 entre 1964 et 2024.
- La France se classe 14e sur 27 pays européens pour le recyclage et enfouit encore plus de 30 % de ses plastiques.
- Écoconception, intelligence artificielle et enzymes figurent parmi les pistes avancées par le chercheur Didier Perrin.
Les plastiques sont partout, et leur fin de vie reste le point faible de leur économie. Didier Perrin, enseignant-chercheur à l’IMT Mines Alès, détaille dans un entretien publié par Techniques de l’Ingénieur les raisons de cet écart entre usage massif et recyclage limité.
Une production qui s’envole, un recyclage qui suit mal
La production devrait atteindre 600 millions de tonnes en 2035, le matériau trouvant des applications toujours plus nombreuses. En face, la France occupe le 14e rang sur 27 pays européens pour le recyclage et enfouit toujours plus de 30 % de ses matières plastiques. Didier Perrin note aussi que les pays occidentaux exportent encore beaucoup de plastiques dans le monde entier, particulièrement en Afrique.
Trois destins possibles pour un plastique usagé
En fin de vie, un plastique peut suivre trois chemins : l’enfouissement en décharge, la valorisation énergétique ou le recyclage. La valorisation énergétique concerne les déchets non réutilisables, incinérés pour récupérer la chaleur et produire de l’électricité. La valorisation matière, elle, se décline en plusieurs formes :
- le réemploi, où l’objet garde la même fonction ;
- la réutilisation, où l’objet devient un déchet reconverti vers une autre fonction, comme un pull transformé en chiffon ;
- le recyclage, qui porte sur le matériau et non sur le produit d’origine, soit par broyage (recyclage mécanique), soit par décomposition des polymères en composés réutilisables (recyclage chimique).
Là où la chaîne se grippe : le tri
Selon le chercheur, le principal frein est l’absence d’une chaîne de valeur globale, avec une entente entre tous les acteurs. Les bouteilles en PET illustrent le paradoxe : en France, 80 % de celles qui sont collectées sont valorisées, et les installations donnent de bons résultats pour les bouteilles transparentes. Le problème tient à un tonnage qui ne correspond pas aux capacités des centres de tri et de surtri.
Les recycleurs, comme Suez ou Veolia, subissent en quelque sorte les produits mis sur le marché. Le PET opaque, apparu dans les emballages en 2015, n’était pas reconnu par les appareils à infrarouges des centres de tri, ce qui a obligé à modifier toutes les installations. Didier Perrin en tire un constat :
« Le problème du tri reste que les matières ne sont pas conçues pour être recyclées à la base. »
Didier Perrin, enseignant-chercheur à l’IMT Mines Alès
Trois pistes pour améliorer la boucle
Concevoir selon la fin de vie
L’écoconception pilotée par la fin de vie serait une voie d’accès à l’économie circulaire. Elle supposerait que les bureaux d’études pensent au devenir du produit dès sa conception, avec des recycleurs qui savent comment le traiter et des utilisateurs informés de l’endroit où le jeter. Le chercheur distingue deux familles. Les matériaux de grande diffusion à courte durée d’usage, comme les sacs plastiques, devraient selon lui être biorésorbables ou rapidement compostables, car il sera difficile d’empêcher qu’ils soient jetés dans la nature. Pour les matériaux techniques à longue durée de vie, comme les carrosseries ou les ordinateurs, le recyclage doit être prévu dès la conception, avec un contrôle de l’approvisionnement, de la traçabilité et une chaîne de valeur opérante.
L’intelligence artificielle au service du tri
Pour Didier Perrin, « bien entraînée, l’IA pourrait être un bon outil pour améliorer le tri ». Il s’agit d’une potentialité. Les matières doivent d’abord être identifiées, triées et classées au bon endroit, et il rappelle que « le Saint Graal dans le recyclage, c’est d’avoir des monomatières pures donc il ne faut pas que plusieurs matières soient mêlées ». Avec un cahier des charges adapté, l’IA pourrait reconnaître les plastiques et apprendre dans quelles proportions ils peuvent être mélangés sans polluer le gisement. Elle pourrait aussi aider sur le vieillissement : au-delà de certains seuils, les propriétés mécaniques des matières premières secondaires sont affectées. Cela fait naître de nouveaux métiers, à la croisée des ingénieurs matériaux et des informaticiens-mathématiciens.
Les enzymes, un axe de recherche récent
Didier Perrin dirige l’unité Durabilité & Recyclage des polymères et composites, au sein du laboratoire Polymères Composites Hybride, qui réunit une cinquantaine de personnes. Depuis 2025, un axe émergent y étudie les relations entre micro-organismes et matériaux, notamment le rôle des enzymes comme solution de recyclage chimique.
Photo : Jef K / Pexels



