Climat & Réchauffement

Les glaciers suisses fondent près de trois fois plus vite qu’au cours des années 1990

Le bilan glaciologique de 2026 révèle une fonte plus rapide qu’au cours des décennies précédentes. Un hiver peu neigeux et une chaleur estivale record ont privé la glace de sa protection saisonnière.

Jessica Roux Par Jessica Roux
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Les glaciers suisses fondent près de trois fois plus vite qu’au cours des années 1990
Glacier de montagne s’étendant sur des pentes rocheuses et escarpées.

Le bilan 2026 montre que la fonte des glaciers suisses ne relève plus seulement d’une succession de mauvaises années : elle s’accélère à l’échelle des décennies. Près de 20 % de leur volume ou de leur masse ont disparu en cinq ans. Sur la seule année 2026, la perte atteint 5,5 %, soit le deuxième recul annuel le plus élevé après celui de 2022.

Un cinquième de la glace perdu en cinq ans

Le Réseau suisse d’observation des glaciers, aussi appelé GLAMOS, et la Commission suisse pour l’observation de la cryosphère ont présenté ce bilan commun. Selon watson.ch, ces deux organismes placent la diminution cumulée de la masse glaciaire à près de 20 % sur les cinq dernières années.

Ce chiffre mesure une perte de glace sur une période donnée. Il ne signifie pas que tous les glaciers ont reculé de façon identique, ni qu’un cinquième de leur longueur a disparu. Le volume, la masse, l’épaisseur et le recul du front glaciaire décrivent des dimensions différentes. Ici, l’indicateur permet surtout de comparer la quantité totale de glace restante avec celle observée cinq ans auparavant.

La comparaison avec le précédent bilan sur cinq ans donne un autre repère. En 2019, les glaciers suisses avaient perdu 10 % de leur volume en cinq ans. Les périodes ne sont pas interchangeables, mais le nouveau résultat situe l’ampleur du recul récent : la proportion approche désormais 20 %.

Cette valeur ne doit toutefois pas être prolongée mécaniquement pour fixer une date de disparition de tous les glaciers. Les langues glaciaires situées plus bas peuvent disparaître plus rapidement, tandis que la glace retirée en altitude évolue autrement. La perte de près de 20 % décrit donc les cinq dernières années, pas un rythme uniforme applicable aux décennies à venir.

Les indicateurs qui établissent l’accélération

Le bilan annuel est très défavorable, mais l’accélération apparaît plus nettement lorsque plusieurs échelles de temps et plusieurs mesures physiques sont rapprochées. franceinfo rapporte également cette perte proche de 20 % en cinq ans, tandis que les relevés détaillés permettent d’en apprécier la portée.

Gros plan sur la surface bleutée et texturée d’un bloc de glace glaciaire.
Détail de la texture et de la teinte bleutée d’une masse de glace glaciaire. Source : Pexels. Photographe : Han-Chieh Lee. Licence Pexels.
Indicateur Mesure Ce qu’il permet de comprendre
Évolution annuelle en 2026 5,5 % du volume perdu Il s’agit du deuxième plus mauvais bilan annuel, derrière 2022.
Évolution pendant les années 1990 10 % du volume perdu sur la décennie Cette période fournit un point de comparaison avec les pertes récentes.
Évolution entre 2016 et 2026 27 % du volume perdu sur la décennie La proportion est 2,7 fois celle relevée pendant les années 1990.
Épaisseur de certains glaciers en 2026 2,5 à 4 mètres de diminution moyenne La perte annuelle se traduit par un amincissement important de la glace.
Langues glaciaires pendant l’été 2026 Jusqu’à 10 mètres d’épaisseur en moins Les parties basses de certains glaciers ont subi des pertes plus marquées.
Eau issue de la fonte, de juillet à septembre Environ 2 200 milliards de litres Cette quantité matérialise le volume perdu en seulement trois mois.
Quatre grands glaciers en 2026 Fonte plus forte que lors des années précédentes Le Rhône et l’Aletsch figurent parmi ces glaciers ayant atteint leur plus haut niveau de perte observé.

La comparaison décennale repose sur des mesures effectuées sur une vingtaine de glaciers, puis étendues à l’ensemble des glaciers suisses. Elle indique que la part disparue est passée de 10 % dans les années 1990 à 27 % entre 2016 et 2026. Cet écart constitue le signal le plus clair d’une accélération : la perte relative sur la décennie récente est près de trois fois supérieure à celle de la décennie de référence.

Les 5,5 % de 2026 ne battent pas le record annuel de 2022. Ce classement ne traduit pourtant pas une amélioration. Il place 2026 juste derrière la pire année mesurée, alors que le volume disponible pour fondre est déjà réduit après plusieurs années de recul. L’année renforce ainsi une tendance visible sur une durée plus longue, plutôt qu’elle ne constitue un épisode isolé.

Pourquoi l’année 2026 a autant exposé la glace

Deux conditions ont aggravé la fonte : un hiver pauvre en neige, puis l’été le plus chaud enregistré dans les mesures mobilisées par GLAMOS. Le faible enneigement a laissé une réserve protectrice limitée au début de la saison chaude. La chaleur estivale a ensuite accéléré la disparition de cette couverture avant d’attaquer directement la glace.

La neige joue en effet un rôle physique essentiel. Sa surface claire renvoie une partie du rayonnement solaire et isole la glace sous-jacente. Lorsqu’elle disparaît tôt, la glace plus sombre absorbe davantage d’énergie et reste exposée pendant une période plus longue. Le bilan de 2026 montre jusqu’où cette protection s’est effacée : en septembre, le manteau neigeux avait entièrement disparu, y compris à 3 500 mètres d’altitude.

Cette exposition aide à comprendre les pertes d’épaisseur mesurées au cours de l’été. Certains glaciers se sont amincis en moyenne de 2,5 à 4 mètres, tandis que des langues glaciaires ont localement perdu jusqu’à 10 mètres. Entre juillet et septembre, la fonte correspond à environ 2 200 milliards de litres d’eau. Ce chiffre porte sur trois mois et ne constitue pas une estimation de la perte annuelle totale.

La perte de neige en altitude relie donc les conditions météorologiques de 2026 aux mesures réalisées sur la glace. Elle explique comment un hiver déficitaire et une chaleur estivale record ont pu produire le deuxième pire bilan annuel, tout en alimentant une accélération déjà perceptible dans la comparaison entre les années 1990 et la période 2016-2026.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Barnabas Davoti. Licence Pexels.

Jessica Roux

Écologie, société et futurs possibles

Jessica Roux

Jessica Roux a été chargée d'études dans un observatoire régional de la santé avant de se consacrer à l'écriture. Elle suit pour VivreDemain.fr la société, la santé, l'alimentation, le développement durable et le recyclage, en s'appuyant sur les études publiées et les données publiques. Elle composte ses déchets depuis quinze ans dans un petit jardin de Tours.