La Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, a autorisé la commercialisation de 20 références de sachets de nicotine Zyn, estimant que leur utilisation en remplacement de la cigarette réduit l’exposition à plusieurs maladies graves liées au tabagisme. Une décision qui s’inscrit dans une stratégie de réduction des risques déjà adoptée par plusieurs pays, mais qui contraste avec l’approche française, principalement fondée sur la hausse des prix du tabac, les restrictions et l’interdiction de certaines alternatives.
La FDA reconnaît un risque inférieur à celui de la cigarette
Les Zyn sont de petits sachets de nicotine sans tabac que l’utilisateur place sous la lèvre afin de diffuser progressivement la nicotine. Très populaires aux États-Unis, ils constituent aujourd’hui le segment des produits nicotiniques connaissant la plus forte croissance.
Au terme de plusieurs années d’évaluation scientifique, la FDA a autorisé leur commercialisation le 30 juin dernier en s’appuyant sur une conclusion inédite. Selon l’agence américaine, remplacer les cigarettes par les sachets Zyn permet de réduire le risque de développer plusieurs pathologies liées au tabagisme, notamment le cancer du poumon, le cancer de la bouche, les maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux, l’emphysème ou encore la bronchite chronique.
L’autorité sanitaire rappelle toutefois que les Zyn ne sont pas dépourvus de risques. Ils contiennent de la nicotine, une substance fortement addictive, et ne s’adressent ni aux non-fumeurs ni aux personnes ne consommant pas déjà de nicotine, en particulier les jeunes.
La réduction des risques s’impose progressivement à l’international
La décision américaine illustre une évolution plus large des politiques de santé publique. Plutôt que de concentrer exclusivement leurs efforts sur l’arrêt complet de toute consommation de nicotine, plusieurs pays développent désormais une stratégie de réduction des risques. L’objectif est d’encourager les fumeurs qui ne parviennent pas à arrêter à abandonner la cigarette au profit de produits dont le profil de risque est considéré comme plus faible.
La Suède constitue l’exemple le plus souvent cité. Grâce à l’utilisation historique des sachets de poudre de tabac (« snus »), puis plus récemment des sachets de nicotine sans tabac (« pouches »), le pays affiche aujourd’hui le taux de tabagisme le plus faible de l’Union européenne, avec seulement 3,7 % de fumeurs quotidiens. Cette baisse continue de la consommation de cigarettes s’accompagne d’un recul des maladies liées au tabac, faisant du modèle suédois une référence dans les débats internationaux sur les politiques de réduction des risques.
Le Royaume-Uni suit une logique comparable. Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires britanniques considèrent la cigarette électronique comme un véritable outil d’aide au sevrage tabagique. Le système de santé recommande même aux professionnels d’orienter certains fumeurs vers le vapotage afin de faciliter l’arrêt du tabac. Le pays compte désormais davantage de vapoteurs que de fumeurs.
Avec l’autorisation accordée par la FDA pour la commercialisation des Zyn, les États-Unis semblent à leur tour assumer plus clairement une approche pragmatique fondée sur la hiérarchisation des risques entre les différents produits contenant de la nicotine.
Une stratégie française plus restrictive
En France, la lutte contre le tabagisme repose avant tout sur des mesures visant à réduire la consommation de cigarettes : augmentation régulière des prix, campagnes de prévention, paquet neutre, interdiction de la publicité, multiplication des espaces sans tabac ou encore encadrement renforcé des produits nicotiniques.
Cette politique a contribué à faire reculer progressivement le tabagisme, même si la France compte encore près de sept millions de fumeurs quotidiens.
Les produits de réduction des risques occupent toutefois une place plus limitée dans la stratégie française. Si la cigarette électronique est reconnue par de nombreux professionnels de santé comme pouvant aider certains fumeurs à arrêter, les autorités sanitaires demeurent plus prudentes que leurs homologues britanniques dans leurs recommandations. Les cigarettes électroniques jetables (« puffs ») ont d’ailleurs été retirées de la vente en février 2025.
Quant aux sachets de nicotine, leur commercialisation est interdite en France depuis le 1er avril. Le gouvernement justifie cette décision par le risque d’initiation à la nicotine chez les mineurs.
La hausse des prix face au défi du marché noir
La stratégie française de lutte contre le tabagisme se heurte toutefois à un effet secondaire de plus en plus visible : l’essor du marché noir. Avec un paquet de cigarettes vendu en moyenne 13 euros, la France figure parmi les pays où le tabac est le plus cher d’Europe. Cet écart de prix favorise la contrebande, la contrefaçon et les achats transfrontaliers.
D’après les estimations du cabinet KPMG, une cigarette sur deux consommées en France n’est pas achetée dans un bureau de tabac. Ce commerce parallèle fragilise le réseau des buralistes, prive l’État d’environ 3 milliards d’euros de recettes fiscales chaque année et alimente les réseaux criminels.
Au-delà de son coût économique, l’ampleur de ce marché illégal soulève également des enjeux de santé publique. Les cigarettes issues de la contrebande ou de la contrefaçon échappent aux contrôles des autorités et aux circuits de distribution réglementés. Leur composition ne peut donc être vérifiée, ce qui fait peser des risques supplémentaires sur les consommateurs.
Pour les partisans de la réduction des risques, cette situation illustre les limites d’une politique principalement fondée sur le levier fiscal. En l’absence d’alternatives moins nocives largement accessibles, une partie des fumeurs se tourne vers des produits vendus sur un marché que les pouvoirs publics ne contrôlent plus.
Les autorités sanitaires françaises défendent, à l’inverse, le maintien d’une fiscalité élevée, qu’elles considèrent comme l’un des leviers les plus efficaces pour réduire durablement le tabagisme, notamment chez les plus jeunes.
Deux visions de la lutte contre le tabagisme
Au-delà du cas des sachets Zyn, la décision de la FDA met en lumière deux conceptions de la politique de santé publique.
La première privilégie la diminution globale de la consommation de nicotine grâce à la prévention, à la fiscalité et aux restrictions. C’est l’approche historiquement retenue par la France.
La seconde considère que, lorsque l’arrêt complet n’est pas immédiatement possible, remplacer la cigarette combustible par des produits présentant un risque moindre constitue déjà un progrès significatif pour la santé publique. C’est la voie empruntée par la Suède, le Royaume-Uni et, désormais, plus clairement, par les États-Unis.
Ces deux stratégies poursuivent un objectif commun : réduire les conséquences sanitaires du tabagisme. Elles divergent toutefois sur les moyens d’y parvenir et sur la place qu’elles accordent aux alternatives nicotiniques.
Le choix de la FDA relance ainsi un débat qui dépasse largement le seul cas des sachets Zyn. Alors que plusieurs pays intègrent progressivement la réduction des risques dans leur politique antitabac, la France devra sans doute préciser la place qu’elle entend réserver aux alternatives au tabac dans les années à venir.





