Les espèces fuient la chaleur vers les sommets, mais la montagne ne sauve pas toutes les espèces

Papillons, plantes, oiseaux : des centaines d’espèces fuient la chaleur, mais la montagne n’offre pas à toutes le même refuge, selon des chercheurs du CNRS.

Agnès Pradel Par Agnès Pradel
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Les espèces fuient la chaleur vers les sommets, mais la montagne ne sauve pas toutes les espèces
Un papillon posé sur une fleur dans une prairie : une image qui illustre les espèces qui montent vers les sommets pour fuir la chaleur, sans montrer ce phénomène.

En bref

  • Au moins 10 % des espèces de papillons connues voient leur aire de répartition se déplacer.
  • Une étude de 2026 sur 1888 espèces montre que plus de la moitié remontent vers le nord.
  • Les petits sommets européens risquent de devenir des pièges climatiques.
  • Les îles sont plus exposées aux espèces invasives que les continents.

Les espèces animales et végétales montent vers les pôles et les sommets pour échapper à la chaleur, parce que le froid y est plus accessible. Selon CNRS Le journal, ce mouvement ne profite pas à toutes, et il transforme déjà les équilibres entre espèces.

Des papillons aux 1888 espèces suivies

10 %au moins des espèces de papillons connues changent d’aire de répartition
0,6 °Cperdus en moyenne tous les 100 m de dénivelé en montagne
1888espèces observées dans une étude publiée en 2026

Les papillons servent de repère. Pour Jonathan Lenoir, directeur de recherche au CNRS, ils « font office de sentinelles du climat » depuis les travaux de Camille Parmesan dans les années 1990. Leur remontée vers le nord, en Europe comme en Amérique du Nord, constitue la première empreinte biologique du réchauffement.

La logique est simple : plus on s’approche des pôles ou plus on s’élève, plus il fait froid. En montagne, la température baisse de 6 °C par kilomètre. L’étude de Jonathan Rolland et de ses collègues, dont Jonathan Lenoir, porte sur des insectes, des plantes, des oiseaux et des poissons : plus de la moitié de ces espèces se déplaçaient vers le nord, pour quitter les bordures « chaudes » de leur aire.

Le chercheur du CNRS explique que l’organisme est directement concerné : « Une espèce qui vit au-dessus ou en dessous de sa zone de tolérance thermique en est physiquement affectée. » Le stress thermique pèse davantage sur les espèces ectothermes, dont la température interne suit celle de l’air.

Une remontée inégale selon le relief

Le mouvement n’a rien d’uniforme. Il suit les barrières physiques, mers et montagnes comprises. En Europe, les massifs alpins, carpatiques et pyrénéens sont orientés d’ouest en est, alors que les Andes et les Rocheuses courent du nord au sud. Dans les Amériques, une espèce qui prend de l’altitude gagne aussi en latitude. Sur le continent européen, ce n’est pas le cas.

Les forêts européennes réservent une surprise à Jonathan Lenoir : elles ne migrent pas vers le nord mais vers l’ouest. Les espèces de sous-bois se dirigent vers les anciennes régions industrielles du nord de la France, du Benelux et de la Lombardie, marquées par des pollutions à l’azote dans les années 1980. Cette migration repose sur la reproduction et la dispersion des diaspores par le vent, l’eau et les animaux, humains inclus. « La biodiversité continue de s’ajuster aux changements passés », observe-t-il.

Sous-bois au printemps avec un tapis de fleurs blanches et de feuillage vert, des troncs d’arbres flous à l’arrière-plan.
Des plantes à fleurs blanches poussent dans un sous-bois : une illustration de la flore, alors que les espèces montent vers les sommets pour fuir la chaleur. Photo : Denys Mikhalevych / Pexels

Sommets modestes, pièges climatiques

Pour Jonathan Lenoir, les espèces qui gagnent de petits sommets en Europe risquent de tomber dans un piège climatique et de former des îlots de population voués à s’éteindre. Il compare le Jura et les Vosges aux Alpes : l’altitude, donc la température, n’est pas la même.

Dans un article de 2025, il contestait l’idée d’un « escalator vers l’extinction », une compétition mortelle entre espèces des basses altitudes montant vers les cimes. Il y théorisait toutefois une « dette d’extinction » : l’extinction n’a pas lieu aujourd’hui, mais elle surviendra si, pour certaines populations, la mortalité dépasse déjà la natalité. Il cite les chênes, dont les vieux arbres résistent aux étés caniculaires, contrairement aux jeunes.

Îles et continents face aux envahisseurs

Situation Ce que décrit le CNRS
Îles tropicales Syndrome de naïveté : sans prédateurs, pas d’épines ni de vol
Polynésie française Le miconia, surnommé « cancer vert », capte la lumière et étouffe la végétation locale
Nouvelle-Calédonie Les fourmis électriques prolifèrent au détriment des espèces locales
Continents Des mécanismes de résistance anciens face aux invasions

Résistance possible : les populations continentales peuvent opposer, selon Céline Bellard, des « mécanismes de résistance anciens, développés à force de côtoyer d’autres migrations biologiques ».

Vulnérabilité : « Les espèces insulaires sont beaucoup plus vulnérables que les continentales aux espèces exotiques envahissantes », relève l’écologue du CNRS.

Partir n’est pas la seule réponse. « Entre rester et prendre ses valises pour partir ailleurs, il y a tout un panel de réponses possibles », note Jonathan Lenoir. Plusieurs plantes fleurissent plus tôt dans la saison, et les oiseaux nichent plus précocement.

Photo : M. Rohana / Pexels

Agnès Pradel

Écologie, société et futurs possibles

Agnès Pradel

Agnès Pradel a été technicienne dans un bureau d'études en environnement, chargée des inventaires de faune et de flore. Elle écrit pour Vivre Demain sur la biodiversité, le climat et la pollution : espèces menacées, qualité de l'air et de l'eau, rapports scientifiques et politiques publiques. Elle participe chaque printemps au comptage des oiseaux de son village.