Fossiles : 81 % du mix mondial selon l’AIE, 86 % selon l’Energy Institute, trois ans après Dubaï
Malgré la promesse de la COP28, la production de pétrole, de gaz et de charbon a continué de croître. À l’approche de la COP31 en Turquie, leur sortie ne figure pas à l’ordre du jour officiel.
En bref
- À la COP28 de Dubaï en 2023, près de 200 pays ont promis de s’éloigner des énergies fossiles.
- La Chine tire 60 % de son énergie du charbon, la France 45 % du nucléaire.
- Le solaire a produit 28 % d’électricité de plus en 2025 qu’en 2024.
- En novembre, la COP31 en Turquie portera surtout sur l’électrification.
Pétrole, gaz et charbon dominent toujours l’approvisionnement énergétique de la planète. Près de 200 pays s’étaient engagés à Dubaï, en 2023, à s’éloigner des fossiles, mais leur production mondiale a continué de croître depuis. Les deux grands bilans annuels de référence leur attribuent plus de quatre cinquièmes de l’énergie, comme le rappelle Sciences et Avenir à l’approche de la COP31.
Une croissance énergétique qui profite aussi aux fossiles
Le rapport annuel de The Energy Institute, un organisme professionnel installé au Royaume-Uni, attribue l’essentiel de la croissance de 2025 aux renouvelables. Mais la même année, l’offre de pétrole, de gaz et de charbon a elle aussi progressé : les nouvelles capacités se sont ajoutées aux anciennes au lieu de les remplacer.
Les deux chiffres de part ne se contredisent pas : ils reposent sur des méthodes et des années différentes. Le détail de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour 2024 est parlant : 30 % de pétrole, 28 % de charbon et 23 % de gaz. Chacune des trois sources pèse donc entre presque un quart et près d’un tiers du total mondial.
Des dépendances très différentes d’un pays à l’autre
Derrière la moyenne mondiale, les profils nationaux divergent fortement, selon les données de l’AIE.
| Pays | Année | Pétrole | Gaz | Charbon |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 2024 | 36 % | 36 % | environ 10 % |
| Chine | 2024 | 18 % | 8 % | 60 % |
| France | 2025 | 26 % | 11 % | non précisé, 45 % de nucléaire |
| Allemagne | 2025 | 35 % | 28 % | 15 % |
La France fait figure d’exception grâce à l’atome, quand l’Allemagne voisine reste adossée aux trois sources fossiles. Aux États-Unis, premier producteur mondial de pétrole et de gaz, les deux réunis atteignent 72 % du mix, tandis que le charbon structure encore l’économie chinoise, pays qui consomme plus d’un quart de l’énergie mondiale.
Le solaire s’envole, sans entamer le pétrole ni le gaz
La dynamique des renouvelables est réelle. D’après un rapport de l’AIE publié en juillet, la production d’électricité solaire a progressé de 28 % en 2025 et assure désormais 8,5 % de la production électrique mondiale. L’électrification des usages porte cet essor.

Le problème tient au périmètre : l’électricité ne couvre que 23 % de la consommation finale d’énergie dans le monde. Et elle reste majoritairement fossile, avec 34 % issus du charbon et 22 % du gaz, contre 34 % pour les renouvelables. La transition ne vaut donc, pour l’instant, que pour la partie électricité.
« L’idée que l’envol d’une énergie va produire la diminution symétrique des autres énergies est une vue de l’esprit »
Jean-Baptiste Fressoz, chercheur au CNRS et historien de l’énergie
Les projections de l’AIE vont dans ce sens. Dans son scénario fondé sur les politiques actuellement en vigueur, la demande de charbon amorce un repli avant la fin de la décennie. Celle de pétrole augmente en revanche de 13 % et celle de gaz de 30 % entre 2024 et 2050. Un pic de la demande de charbon d’ici 2030 reste, à ce stade, une espérance.
Une COP31 tournée vers l’électrification
À l’aube de la COP31, organisée en Turquie, la sortie des fossiles n’est pas inscrite à l’ordre du jour officiel, et les discussions de novembre porteront principalement sur l’électrification.
Le sujet avait pourtant dominé l’édition précédente. Selon Romain Ioualalen, de l’ONG Oil Change International, les fossiles ont occupé une place centrale et très clivante à la COP30 de Belem, au Brésil, en 2025, sans apparaître dans les conclusions. Il estime aussi que certains pays, comme l’Inde ou la Chine, « ne parlent pas beaucoup sur le plan diplomatique mais font des efforts assez colossaux au niveau national ». Jean-Baptiste Fressoz relativise pour sa part le poids des sommets : « Il faut modérer l’importance des COP ».
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Mark Stebnicki. Licence Pexels.



