Climat & Réchauffement

Émissions françaises : une baisse de 2,8 % attendue en 2026, loin des 5 % par an requis

Le recul attendu cette année dépasse celui de 2025, porté par le chauffage des bâtiments et les transports, mais il ralentit nettement au second semestre, quand les émissions liées à la production d’électricité devraient repartir à la hausse.

Jessica Roux Par Jessica Roux
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Émissions françaises : une baisse de 2,8 % attendue en 2026, loin des 5 % par an requis
Un pistolet de distribution est inséré dans l’orifice de remplissage d’un véhicule, trappe ouverte, lors d’un plein de carburant.

En bref

  • Le Citepa attend un recul de 2,8 % des émissions françaises en 2026, après une baisse de 2,1 % en 2025.
  • Ce rythme reste inférieur aux 5 % par an que suppose une réduction de moitié des émissions entre 1990 et 2030.
  • Le chauffage des bâtiments et les transports, avec la chute des ventes de gazole, portent la baisse, tandis que l’énergie remonte.
  • Les grands incendies de l’été ne figurent pas dans ce baromètre et font l’objet d’une estimation séparée.

Les émissions de gaz à effet de serre de la France devraient reculer de 2,8 % en 2026, pour s’établir à environ 349,4 millions de tonnes d’équivalent CO₂ (Mt CO₂eq). L’estimation vient du Citepa, le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique, chargé d’établir l’inventaire national, qui a présenté son baromètre le mardi 13 octobre 2026.

Un rythme meilleur qu’en 2025, mais irrégulier

Ce recul marque une accélération par rapport à 2025, où la baisse n’avait atteint que 2,1 %. Selon Sciences et Avenir, ce résultat de l’an dernier témoignait d’un essoufflement de la décarbonation.

La moyenne de l’année recouvre deux périodes très différentes. Entre janvier et juin, les émissions nationales ont diminué de 4,1 %. Pour la seconde moitié de l’année, le baromètre n’attend plus qu’un repli de 1,3 %.

Un objectif qui suppose 5 % par an

La feuille de route de la France vise une réduction de moitié des émissions en 2030 par rapport à leur niveau de 1990. Pour y parvenir, la baisse doit avoisiner 5 % chaque année entre 2024 et 2030. Le Citepa en conclut que la réduction devra prendre de la vitesse dans les années à venir si le pays veut respecter ses budgets carbone et ses objectifs.

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a salué une baisse « encourageante », tout en reconnaissant qu’elle ne permet pas encore d’atteindre les objectifs climatiques du pays.

Le chauffage des bâtiments, premier poste en recul

Le secteur des bâtiments résidentiels et tertiaires enregistre la réduction la plus forte. Déjà en tête au premier semestre, il devrait terminer l’année à -5,9 %, même si un léger rebond est attendu dans la seconde partie de 2026.

Radiateur vertical noir à colonnes sur un mur de carrelage multicolore, avec une chaise grise et un plan de travail gris.
Un radiateur vertical noir à colonnes, posé contre un mur carrelé, dans un intérieur avec chaise grise et fenêtre. Source : Pexels. Photographe : Max Vakhtbovych. Licence Pexels.

D’après le Citepa, ce repli tient surtout à la diminution des émissions du chauffage, de l’eau chaude sanitaire et de la cuisson, dans les logements comme dans les locaux tertiaires. L’organisme le met notamment en relation avec une consommation de gaz naturel en baisse.

Les transports et la chute des ventes de gazole

Les transports forment l’autre grand secteur en baisse, avec un recul attendu de 4,8 % sur l’année, après un premier semestre déjà orienté à la baisse. Le Citepa rapproche ce mouvement de la forte chute des ventes de gazole, de 7,3 % au premier semestre. Le baromètre rappelle que ce carburant alimente plus des deux tiers des véhicules routiers du pays.

Selon Reporterre, le Citepa relie ce recul des émissions à l’effet dissuasif du prix élevé du gazole. Ce prix a flambé après le blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran, des attaques ukrainiennes contre des infrastructures énergétiques russes et le conflit qui oppose les Houthis du Yémen à l’Arabie saoudite.

L’énergie à contre-courant

Le secteur de l’énergie se distingue des autres par une hausse attendue de ses émissions sur l’ensemble de 2026. Après une petite baisse au premier semestre, ses rejets repartiraient à la hausse au second, notamment à cause de la production d’électricité. C’est cette remontée que le baromètre associe au ralentissement de la seconde moitié de l’année.

Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau action climat (RAC), qui regroupe de nombreuses ONG, estime que l’accélération d’une transition « écologique et juste » n’est « pas encore là ». Elle juge intenables, pour beaucoup de ménages et d’entreprises, la hausse des prix des carburants et du chauffage liée à la guerre au Moyen-Orient, comme celle des denrées alimentaires, qu’elle attribue à des sécheresses et des canicules aggravées par le changement climatique. Sortir des énergies fossiles importées et proposer d’autres solutions devient, selon elle, d’autant plus urgent.

Les incendies de l’été, comptés à part

Le baromètre n’intègre pas encore les sols et les forêts, qui absorbent du CO₂. Le Citepa a néanmoins produit une première estimation pour les grands feux de l’été : environ 77 000 hectares ont brûlé en France hexagonale entre le 1er janvier et le 27 août 2026, hors surfaces d’écobuage identifiées. Ces incendies auraient émis près de 5,7 Mt CO₂eq, soit 43 % de plus qu’en 2022, autre année de feux exceptionnels, et plus du double de 2025.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Anyana Webb. Licence Pexels.

Jessica Roux

Écologie, société et futurs possibles

Jessica Roux

Jessica Roux a été chargée d'études dans un observatoire régional de la santé avant de se consacrer à l'écriture. Elle suit pour Vivre Demain la société, la santé, l'alimentation, le développement durable et le recyclage, en s'appuyant sur les études publiées et les données publiques. Elle composte ses déchets depuis quinze ans dans un petit jardin de Tours.