Biodiversité

Forêt française : 100 000 hectares gagnés par an, mortalité multipliée par 2,5

L’inventaire forestier publié le 7 octobre oppose une surface en hausse à une santé des peuplements en recul, avec un puits de carbone passé de 63 à 39 millions de tonnes de CO2 par an.

Jessica Roux Par Jessica Roux
4 min de lecture
Forêt française : 100 000 hectares gagnés par an, mortalité multipliée par 2,5
Des arbres morts dominent un versant forestier où de jeunes conifères et de la végétation basse repoussent au sol.

L’Institut géographique national a publié le mercredi 7 octobre son inventaire forestier national : la forêt française continue de s’étendre, alors que la mortalité des arbres a été multipliée par 2,5 entre les deux dernières décennies.

En bref

  • Selon franceinfo , les forêts couvrent désormais près d’un tiers du territoire.
  • L’IGN explique que certaines souffrent de maladies spécifiques, tandis que d’autres pâtissent probablement davantage de la récurrence des sécheresses et des canicules, ou d’autres aléas du climat.
  • Ce chiffre s’exprime en carbone, alors que les 63 et 39 millions de tonnes du tableau sont exprimés en CO2 : les deux ne sont donc pas directement comparables.

Une surface qui progresse, une mortalité qui s’envole

Selon franceinfo, les forêts couvrent désormais près d’un tiers du territoire. Le paradoxe tient en quelques chiffres : la superficie augmente, tandis que la santé des peuplements se dégrade.

17,7 millionsd’hectares de forêt, soit près d’un tiers du territoire
100 000 hagagnés en moyenne chaque année depuis quinze ans, soit quatre fois la forêt de Fontainebleau
× 2,5pour la mortalité des arbres entre les deux dernières décennies

Exprimée en volume, la mortalité annuelle moyenne s’établit à 18,1 millions de mètres cubes sur 2016-2024, contre 7,4 millions sur 2005-2013. Rapportée au bois vivant sur pied, elle en représente en moyenne 0,6 %, d’après l’inventaire forestier national tel que le rapporte GEO.

Le bilan couvre la période 2016-2024. Les incendies et la sécheresse de l’été 2026 n’y figurent donc pas.

Réchauffement, scolytes et maladies : les causes pointées par l’IGN

L’IGN met en avant le réchauffement climatique, les maladies et les insectes ravageurs, parmi lesquels les scolytes. L’institut évoque le poids des changements environnementaux et des bioagresseurs, c’est-à-dire des champignons, des insectes et des bactéries. Enchaîner sécheresses et fortes chaleurs fragilise les arbres, et ces conditions climatiques peuvent en outre être propices à certains insectes xylophages.

Forêt d’épicéas morts sur pied, troncs gris dénudés et arbres abattus au sol, sur un versant de moyenne montagne.
Des épicéas morts sur pied, signe du dépérissement qui fait grimper la mortalité des arbres en forêt. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Hajotthu. Licence : CC BY 3.0.

La plupart des espèces sont touchées, mais pas pour les mêmes raisons. L’IGN explique que certaines souffrent de maladies spécifiques, tandis que d’autres pâtissent probablement davantage de la récurrence des sécheresses et des canicules, ou d’autres aléas du climat.

Le quart nord-est en première ligne

C’est dans le quart nord-est que la situation est la plus marquée. En Bourgogne et dans le Grand-Est, la mortalité des arbres a plus que sextuplé en dix ans. Nathalie Derrière, ingénieure en charge de l’Inventaire forestier national, détaille la chronologie : « Dès 2015, le quart nord-est a manqué de pluie, notamment pendant l’été ». Elle poursuit : « Puis, cela s’est répété en 2016, 2017, 2018… C’est cette succession de sécheresses qui est en cause. »

À l’échelle du pays, l’inventaire relève que 9 % des arbres présentent un état altéré, principalement dans le Nord-Est.

Croissance ralentie et puits de carbone amoindri

La mortalité pèse aussi sur la croissance. Selon Consoglobe, qui reprend les chiffres de l’IGN, la production biologique moyenne par an, soit la croissance cumulée de tous les arbres, a nettement reculé, d’environ 8 %, au cours des dix dernières années comparées à la période 2005-2013. Cette mauvaise santé des peuplements affecte aussi la capacité des forêts à séquestrer du carbone.

Indicateur 2005-2013 2016-2024
Mortalité annuelle moyenne 7,4 millions de m³ 18,1 millions de m³
CO2 séquestré par an 63 millions de tonnes 39 millions de tonnes

L’IGN chiffre ce ralentissement du puits forestier à environ 38 % entre les deux périodes. L’institut indique cependant que le puits tendrait à se stabiliser ces dernières années.

Malgré ce recul, franceinfo précise que les forêts continuent de jouer leur rôle de puits de carbone : les arbres emmagasinent chaque année 10 millions de tonnes de carbone supplémentaires, un volume inférieur à celui d’il y a dix ans. Ce chiffre s’exprime en carbone, alors que les 63 et 39 millions de tonnes du tableau sont exprimés en CO2 : les deux ne sont donc pas directement comparables.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Felix Mittermeier. Licence Pexels.

Jessica Roux

Écologie, société et futurs possibles

Jessica Roux

Jessica Roux a été chargée d'études dans un observatoire régional de la santé avant de se consacrer à l'écriture. Elle suit pour Vivre Demain la société, la santé, l'alimentation, le développement durable et le recyclage, en s'appuyant sur les études publiées et les données publiques. Elle composte ses déchets depuis quinze ans dans un petit jardin de Tours.