Trois associations somment Seb de planifier la sortie des PFAS de ses poêles
Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth invoquent le devoir de vigilance et laissent trois mois au groupe avant d’éventuelles poursuites.
Trois associations de défense de l’environnement et du climat ont annoncé vendredi 9 octobre 2026 qu’elles mettaient en demeure le groupe Seb, propriétaire de la marque Tefal, au sujet des PFAS, ces « polluants éternels » présents dans le revêtement de certaines poêles. Il s’agit de Générations Futures, de Notre Affaire à Tous et de ClientEarth. Elles laissent trois mois à l’entreprise avant d’envisager une action en justice, selon franceinfo, TF1 Info, France 24 et L’Union.
En bref
- Elles laissent trois mois à l’entreprise avant d’envisager une action en justice, selon franceinfo , TF1 Info , France 24 et L’Union .
- Il affirme que ses élus n’ont pas réussi à faire inscrire, dans une négociation sur l’emploi et les parcours professionnels, un volet sur les effets de la transition écologique.
- Pour les consommateurs qui utilisent des poêles antiadhésives, le débat porte donc moins sur une interdiction immédiate que sur l’évolution à venir de la réglementation et des pratiques industrielles.
Ce que réclament les associations
Dans leur courrier, les trois organisations demandent à Seb d’identifier les risques liés à l’usage des PFAS dans ses productions, de planifier l’arrêt de ces usages et de prévoir la reconversion des emplois qui seraient touchés. Le texte vise surtout le PTFE, un composé de cette famille employé dans certaines poêles Tefal, d’après la lettre consultée par l’AFP. Les associations veulent que le plan de vigilance du groupe soit mis en conformité avec la loi.
Leur démarche s’appuie sur la loi de 2017 relative au devoir de vigilance. Ce texte impose aux grandes entreprises d’identifier et de prévenir, sur toute la chaîne de production, les risques pour les droits humains, la santé, la sécurité des travailleurs et l’environnement. Cela vaut pour les fournisseurs comme pour les activités à l’étranger.
Emma Feyeux, juriste de Notre Affaire à Tous, résume le reproche : selon elle, le groupe manque à ses devoirs légaux en n’intégrant pas assez les risques des PFAS à son activité. En l’absence de réponse, ou en cas de réponse défavorable, le groupe s’exposerait à une assignation : le tribunal judiciaire de Paris pourrait alors, par la voix d’un juge, lui ordonner de se mettre en conformité.
Pourquoi les poêles ne sont pas concernées par la loi de 2025
La loi du 27 février 2025 interdit les PFAS depuis janvier 2026 dans les cosmétiques, les farts de ski et certains textiles. Les ustensiles de cuisine en ont été exclus, de sorte que les poêles au PTFE restent autorisées à la vente. D’après France 24, l’emploi est l’argument que Seb avait mis en avant pour obtenir cette exclusion.
C’est justement sur ce point que les associations insistent. Selon Emma Feyeux, la dynamique est enclenchée : des règles arrivent, et le projet européen de restriction des PFAS, en cours de discussion, devrait englober les ustensiles de cuisine. Elle réclame une « transition juste », qui protège l’emploi, ce qui est présenté comme un point central du courrier.
La CFDT Métallurgie s’est également exprimée. Selon elle, l’opinion publique se méfie de ces revêtements, et le syndicat appelle Tefal à un virage assumé vers l’inox. Il affirme que ses élus n’ont pas réussi à faire inscrire, dans une négociation sur l’emploi et les parcours professionnels, un volet sur les effets de la transition écologique.
Ce que l’on sait des risques
Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, forment une famille de composés chimiques recherchés pour leur effet antiadhésif, leur étanchéité et leur résistance à la chaleur. Ils se dégradent très difficilement et s’accumulent avec le temps dans l’air, le sol, l’eau, l’alimentation et jusque dans le corps humain, ce qui explique leur surnom.
Manon Lenormand, spécialiste de ces substances à Générations Futures, rappelle qu’elles s’accumulent dans l’environnement et qu’elles présentent aussi des risques pour la santé. Selon le ministère de la Santé, cité par franceinfo, ces risques touchent les systèmes immunitaire, digestif et reproducteur, et certaines substances sont potentiellement cancérogènes.
Il faut toutefois nuancer. La famille est étendue, précise L’Union : le PFOA est classé cancérogène pour l’homme, mais les autres PFAS, PTFE compris, n’ont pas forcément la même toxicité. Seb, de son côté, conteste la toxicité de ses produits.
La réponse de Seb
Le groupe assure respecter l’ensemble des réglementations. Contacté, il a déclaré qu’il examinerait la mise en demeure « avec attention » et qu’il répondrait, le cas échéant, dans le cadre prévu par la loi. À ce stade, aucune réponse de fond n’a été rendue publique.
D’autres procédures autour de Tefal
Ce n’est pas la première fois que le groupe est mis en cause sur ce sujet. Plusieurs épisodes sont rappelés par les articles consultés :
- Été 2025 : une plainte d’ONG, dont déjà Générations Futures, a visé Seb et Tefal pour des pratiques commerciales trompeuses, après des affirmations selon lesquelles leurs poêles en Téflon seraient sûres.
- Avril 2026 : des PFAS ont été détectés dans l’air autour du site Tefal de Rumilly, en Haute-Savoie. Fin avril, la préfecture a demandé à l’industriel de mieux connaître cette pollution et d’y répondre, avec un plan d’action attendu d’ici la fin de l’année 2026.
- Octobre 2026 : au même moment que la mise en demeure, un autre collectif, composé d’AERA, de Cyclamen et de FNE Haute-Savoie, a annoncé un référé devant le tribunal administratif de Grenoble.
Ce référé vise la préfecture de Haute-Savoie, qu’il s’agit de pousser à agir sans délai pour protéger la population. Les associations demandent notamment la suppression de tout rejet atmosphérique de PFAS par l’usine de Rumilly et la réalisation d’études sanitaires. Tefal indique avoir été informée de cette procédure, engagée contre le préfet, le 30 septembre. Étant partie au dossier, l’entreprise souhaite réserver sa position pour le tribunal administratif.
Et maintenant ?
Le délai de trois mois court à partir de cette mise en demeure. Au terme de cette période, les associations pourront décider de saisir la justice si elles jugent la réponse insuffisante. Rien n’est encore tranché : aucune décision de justice n’a été rendue sur le fond, et les positions des deux camps restent opposées. Pour les consommateurs qui utilisent des poêles antiadhésives, le débat porte donc moins sur une interdiction immédiate que sur l’évolution à venir de la réglementation et des pratiques industrielles.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Lcarsdata. Licence : CC BY-SA 3.0.



