PFAS : trois ONG donnent trois mois au groupe Seb, propriétaire de Tefal
Les ONG exigent un plan de sortie des PFAS chez Seb ; sans réponse sous trois mois, un recours à Paris est envisagé.
Notre Affaire à Tous, Générations Futures et ClientEarth ont mis en demeure le groupe Seb, propriétaire de la marque Tefal, de réexaminer la place des PFAS dans ses activités. Les trois ONG lui laissent trois mois. Si Seb ne répond pas d’ici là, un recours est à l’étude devant le tribunal judiciaire parisien.
En bref
- Les trois ONG lui laissent trois mois.
- Générations Futures souhaite que l’industriel serve d’exemple pour que les entreprises anticipent les risques chimiques et les évolutions réglementaires, afin de protéger la santé comme l’emploi dans les territoires.
- L’issue d’une éventuelle action en justice reste, à ce stade, inconnue.
Ce que réclament les associations
D’après Reporterre, le courrier est parti le 8 octobre. Les ONG demandent au groupe de publier, dans le délai de trois mois, une stratégie qui planifie un recensement complet des risques liés au PTFE (le fluoropolymère connu sous le nom de Téflon) et à toute autre substance de la famille des PFAS. Elles réclament aussi que la reconversion des emplois touchés par un éventuel abandon de ces substances soit organisée.
Le communiqué des associations a été transmis à France Inter le vendredi 9 octobre, indique franceinfo. Selon ce texte, la démarche répond aux cadres légaux français, européen et international qui obligent les entreprises à repérer ce que leur activité fait peser sur la nature, sur la santé et sur les droits des personnes.
Un plan de vigilance jugé insuffisant sur les PFAS
Le fondement juridique est la loi sur le devoir de vigilance : selon Reporterre, elle oblige les grandes entreprises à publier un plan pour identifier et prévenir les risques de leurs activités. Franceinfo précise que ce plan est obligatoire depuis 2017.
Les associations reprochent à Seb de ne pas y traiter assez les PFAS contenus dans les ustensiles Tefal, poêles et casseroles en tête. D’après leur communiqué, le plan ne les présente que comme des polluants émergents, ce qui reste très en dessous du niveau de risque réel à leurs yeux. Emma Feyeux, de Notre Affaire à Tous, résume : « On n’a pas de cartographie précise des risques en ce qui concerne les molécules PFAS utilisées par le groupe ». Faute de cette cartographie, dit-elle, aucune mesure de prévention ou d’atténuation n’existe.
Les ONG ajoutent que certaines activités de Seb, notamment la production d’ustensiles culinaires, s’appuient encore sur ces substances alors que des alternatives existeraient, une affirmation qui reste celle des associations. Elles rappellent aussi qu’une exposition prolongée à certains de ces composés serait liée à des risques cardiovasculaires, à des troubles endocriniens et à des cancers. Générations Futures souhaite que l’industriel serve d’exemple pour que les entreprises anticipent les risques chimiques et les évolutions réglementaires, afin de protéger la santé comme l’emploi dans les territoires.
Reporterre rappelle que la loi de février 2025 interdit ces polluants dits éternels dans l’habillement, les chaussures, les cosmétiques et les farts de ski, sans viser les ustensiles de cuisine. Le média l’attribue à un lobbying intense de Seb auprès des parlementaires.
Rumilly : une procédure parallèle devant le tribunal de Grenoble
Côté local, les structures AERA, Cyclamen et FNE Haute-Savoie ont engagé une procédure en référé devant la juridiction administrative de Grenoble, au sujet du site de production de Tefal à Rumilly (Haute-Savoie). Les éléments suivants viennent de leur communiqué, relayé par franceinfo, et non d’une vérification indépendante.
- : à la demande de la préfecture, Tefal mesure ses rejets sur neuf cheminées. Selon les associations, les résultats montrent d’importantes émissions de PFAS, dont du PFOA, interdit depuis 2020.
- : un arrêté préfectoral fixe trois obligations à l’industriel : dresser l’inventaire de ses sources de rejets, élaborer un plan d’action et assurer une surveillance régulière pendant deux ans.
- : date limite pour remettre le plan destiné à réduire concrètement les rejets.
Le référé vise à contraindre la préfecture à protéger plus efficacement la population, notamment par l’arrêt immédiat de tout rejet de PFAS dans l’atmosphère. Les associations demandent aussi des études sanitaires, dont une enquête épidémiologique avec dosages de PFAS dans le sang.
La réponse de Seb et le point de vue d’un député
Dans un message à France Inter, Seb dit avoir reçu à l’instant la mise en demeure, qui lui semble avoir été transmise au préalable à une partie de la presse. Le groupe annonce qu’il en examinera le contenu et répondra si nécessaire dans le cadre prévu par la loi. Pour le référé, il dit connaître la procédure engagée le 30 septembre contre le préfet de Haute-Savoie et préfère réserver sa position au tribunal administratif, en tant que partie au dossier. Il assure que Tefal respecte les réglementations françaises et européennes, sous le contrôle régulier des autorités.
Invité de franceinfo le 9 octobre, Nicolas Thierry, député écologiste de la Gironde et auteur du texte qui proscrit les PFAS dans plusieurs produits du quotidien, a lancé : « Le groupe Seb est dans une stratégie d’entêtement depuis des années ». Il dénonce un lobbying extrêmement intense et affirme en avoir essuyé les attaques pendant les débats parlementaires. Il rappelle que Seb a porté plainte à plusieurs reprises pour diffamation, dont une fois en mai 2026 visant la patronne de la CGT, Sophie Binet, après ses propos sur les PFAS des poêles Tefal.
L’élu plaide pour une planification et une transition qui préservent l’emploi : « Tefal produit déjà des produits en céramique donc ils savent le faire ». Il regrette aussi que l’État n’accompagne pas davantage les industriels dans cette évolution. L’issue d’une éventuelle action en justice reste, à ce stade, inconnue.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Infrogmation of New Orleans. Licence : CC BY-SA 4.0.



