Après l’été le plus chaud, l’ozone menace cœur et poumons
Après l’été le plus chaud mesuré en France depuis 1900, des experts relient la pollution de l’air aux AVC, aux maladies pulmonaires et à la grossesse.
En bref
- L’ozone se forme sous l’effet du soleil et de la chaleur et progresse à chaque canicule, alors que la plupart des autres polluants semblent baisser depuis 25 ans.
- Les particules ultra-fines, de moins de 1 micromètre, pénètrent le plus profondément dans l’organisme et ne diminuent pas, selon un chercheur du CNRS.
- Santé publique France attribue à l’exposition prolongée aux PM2,5 près de 40 000 décès et plus de 10 000 nouveaux AVC par an en France.
C’est lors d’une conférence de presse tenue le 13 octobre que Virginie Schwarz, présidente-directrice générale de Météo-France, a dressé le bilan climatique de l’été, rapporté par GEO. Elle y a relié ces températures à la qualité de l’air que nous respirons.
Un été record, un gaz qui se nourrit du soleil
« L’été 2026 , le plus chaud mesuré en France depuis 1900, offre un aperçu de ce qui nous attend », a déclaré Virginie Schwarz. Dans la capitale, la barre des 35 °C a été franchie durant 20 jours, soit le double de 2003, et la température a atteint un maximum historique de 42,2 °C le 24 juin.
L’ozone (O3) n’est pas émis directement : il résulte d’une réaction chimique entre les oxydes d’azote, provenant principalement des véhicules à moteur et de la combustion, et les composés organiques volatils, issus des rejets industriels, des solvants ou de la végétation. Essyllt Louarn, de l’Université Lyon 1, indique que le rayonnement solaire déclenche cette transformation. La concentration épouse donc le rythme du jour : elle grimpe avec l’ensoleillement, culmine au moment le plus ensoleillé, puis redescend la nuit.
Particules fines et ultra-fines, le rôle du vent
Les particules fines font 2,5 micromètres ou moins, soit environ 25 fois moins qu’un cheveu humain d’après la Commission européenne. Elles viennent surtout des activités humaines, mais la météo influence leur concentration. Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au CNRS, explique que « les conditions pluvieuses et venteuses de l’hiver dernier ont évité les épisodes majeurs et prolongés de pollution particulaire en région parisienne ». Quand le vent faiblit et qu’un anticyclone prend place, les polluants s’accumulent rapidement et les seuils d’alerte peuvent être largement franchis.

Les particules ultra-fines, de moins de 1 micromètre, sont les plus redoutables car elles s’enfoncent très profondément dans le corps. Pour ces dernières, d’après le même chercheur, « on ne voit pas d’effet de diminution ».
Du cœur aux poumons, ce que l’organisme encaisse
D’après Santé publique France, une exposition prolongée aux PM2,5 provoque chaque année en France près de 40 000 morts et plus de 10 000 nouveaux cas d’AVC. Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association Santé Environnement France (ASEF), souligne que les décès attribuables à la pollution de l’air sont pour la plupart d’origine cardiovasculaire, comme les AVC. Les conséquences ne se limitent pas à cela :
- les polluants contribuent à l’apparition de l’asthme, de la bronchopneumopathie et des allergies ;
- la pollution constituerait un facteur de risque pour le cancer du poumon ;
- elle pourrait augmenter le risque de maladies liées à la neurotoxicité, comme Alzheimer ;
- chez les femmes exposées pendant la grossesse, elle peut favoriser allergies, eczéma et asthme chez l’enfant.
Ce que ressentent les Français, et ce que l’on peut gagner
Ces ressentis sont déclaratifs : ce sont les personnes interrogées qui les imputent à la pollution. Parmi les manifestations les plus souvent rapportées figurent la fatigue, la toux ainsi que des gênes touchant les yeux, le nez ou la gorge.
Pierre Souvet soutient que « réduire la pollution, ça marche ». Il s’appuie sur une étude parue dans The Lancet : à Londres, la proportion d’enfants dont la capacité respiratoire est inférieure à 80 % de la normale est passée de 14 % à 9 %. Le groupe Generali, de son côté, chiffre à 21 milliards d’euros par an le poids de cette pollution sur les dépenses de santé.
Photo : Designecologist / Pexels



