Avant même le premier mât, le vote d’extrême droite grimpe dans les communes éoliennes
Sur 34 448 communes suivies de 2007 à 2022, une recherche relève un vote d’extrême droite en hausse avant même la pose du premier mât, voisins compris.
En bref
- L’étude couvre les premiers tours des quatre présidentielles de 2007 à 2022.
- L’écart moyen mesuré atteint 0,9 point en faveur de l’extrême droite après un dépôt de permis.
- Les communes voisines d’un projet sont aussi concernées, à un degré moindre.
- Il s’agit d’une corrélation à l’échelle communale, pas d’une explication du vote.
Oui, mais dans une mesure modeste et à un moment inattendu. D’après une recherche présentée par The Conversation, la progression locale de l’extrême droite se manifeste dès qu’un permis éolien est déposé, bien avant que la moindre machine ne tourne. Le résultat décrit une association statistique entre communes, et non le comportement d’électeurs identifiés.
Un signal qui précède le chantier
Concrètement, une commune où l’extrême droite recueillait un quart des suffrages passerait à 25,9 %, quand une commune comparable sans projet resterait sur sa trajectoire. L’écart se mesure par rapport aux communes non concernées, et il vaut pour les localités d’accueil comme pour leurs voisines.
Le point le plus marquant tient au calendrier. La hausse se lit dès la première élection qui suit le dépôt du permis, sans attendre la mise en marche des éoliennes, puis elle persiste quand le projet avance. La corrélation est la plus nette là où le parc doit s’installer, mais elle reste sensible dans les communes limitrophes, qui n’accueilleront pourtant aucun mât.
Comment les chercheurs ont évité les conclusions hâtives
Les parcs éoliens se concentrent dans des territoires ruraux, dont la sociologie et les habitudes de vote ne ressemblent pas forcément à celles du reste du pays. Comparer directement leurs résultats électoraux aurait donc pu faire passer pour un effet de l’éolien des écarts déjà présents. Le travail, conduit avec l’économiste Martin Faulques, repose sur plusieurs garde-fous :
- les scores du premier tour des présidentielles ont été rapprochés du registre national des projets éoliens terrestres ;
- trois jalons ont été datés pour chaque commune concernée, à savoir le dépôt du permis, le lancement des travaux et la mise en service ;
- l’évolution du vote a été observée avant et après l’arrivée d’un projet, en regard de communes restées hors de toute implantation ;
- la comparaison intègre les tendances électorales nationales ainsi que le profil social et démographique de chaque commune.
Un terrain politique déjà investi
Ce résultat s’inscrit dans un contexte où l’éolien est devenu un thème partisan. En France, le Rassemblement national s’oppose ouvertement aux éoliennes dans ses campagnes, au nom des paysages et du patrimoine des campagnes. Le phénomène dépasse les frontières : outre-Rhin, le chercheur Bastien Fond s’est récemment penché sur la stratégie hostile à l’éolien de l’Alternative für Deutschland, le principal parti d’extrême droite allemand.
Les auteurs refusent pourtant de réduire les oppositions à un simple rejet de proximité. Ils s’appuient sur les travaux consacrés à la justice environnementale, qui interrogent la répartition des gains et des nuisances d’un projet, ou encore la reconnaissance accordée au lien des habitants avec leur territoire.
Des pistes pour associer les habitants, et leurs limites
Plusieurs leviers sont avancés : engager la concertation assez tôt pour qu’elle puisse réellement faire évoluer le projet, expliquer ce qui a été accepté ou rejeté, impliquer les communes voisines, et ouvrir aux riverains la gouvernance comme le financement des parcs. Les économistes Vincent Auffray et Romain Schweizer plaident dans ce sens pour une transition portée davantage par des initiatives citoyennes, tout en notant que celles-ci n’effacent pas forcément les désaccords.
Photo : Jean-Paul Wettstein / Pexels



