Accueil Maladies & Problèmes Utilisé pour soigner l’eczéma, ce médicament s’avère aussi diablement efficace contre l’asthme

Utilisé pour soigner l’eczéma, ce médicament s’avère aussi diablement efficace contre l’asthme

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Syringe with Certolizumab pegol - Crédits photo : Wikimedia

C’est une petite révolution qui est en marche dans la branche médicale en rapport avec l’asthme. En effet, les patients souffrant de cette pathologie respiratoire invalidante peuvent souffler un petit ouf de soulagement, puisqu’un nouveau traitement plus efficace que l’inhalateur est sur le point d’être commercialisé. D’abord prescrit par les médecins pour traiter l’eczéma, le Dupilumab, puisqu’il s’agit de cette molécule, s’est avéré également efficace contre l’asthme.

Pour une découverte, il s’agit d’une sacrée découverte qui pourrait sauver/améliorer des millions de vies humaines !

Une découverte fortuite comme bien souvent

Bien souvent, c’est de manière fortuite que des découvertes de ce type sont réalisées. En effet, le Dupilumab est un anti-inflammatoire non stéroïdien administré par voie injectable pour soigner les symptômes de l’eczéma. Une pathologie inflammatoire de la peau. Cette molécule datant d’au moins 10 ans agit en empêchant la communication entre des substances produites par le corps humain, et qui activent les mécanismes de l’inflammation. Il s’agit des interleukines IL-4 et IL-13.

Résultat, il n’y a plus d’inflammation. Au final on dit que l’eczéma est maîtrisé. Même s’il n’est pas guéri. Seulement, des résultats de récents travaux conduits puis publiés par des scientifiques dans The New England Journal of Medicine suggèrent la capacité du Dupilumab à juguler et prévenir les crises d’asthme.

C’est quoi l’asthme au fait ?

L’asthme est une maladie respiratoire chronique. Qui est due au fait que les bronches soient obstruées durant le cycle respiratoire.

Une petite leçon s’impose. Les poumons ont pour rôle de capter l’oxygène de l’air qu’ils déversent ensuite dans le sang. Le corps humain a besoin d’oxygène pour fonctionner, c’est connu. Plus en détail, une fois l’air inspiré, il traverse les voies respiratoires jusqu’au niveau des alvéoles. De petits sacs élastiques qui se gonflent et se dégonflent au gré des mouvements respiratoires. Une fois arrivé aux alvéoles, l’air neuf totalement chargé d’oxygène est mis à disposition du sang transitant dans cette zone des poumons et chargé en gaz carbonique du fait de son passage par tous les organes du corps, qui ont chacun ponctionné un peu d’oxygène du précédent cycle respiratoire.

Il y a donc échange en fonction des gradients de concentration, entre le sang circulant autour des alvéoles et l’air oxygéné piégé dans celles-ci.

Fonctionnement d’un poumon normal – Crédits photo : Pixabay

Le CO2 est extirpé du sang et évacué hors de l’organisme par l’expiration. Le sang se charge de O2 pur et frais. Ensuite ce sang rejoint la circulation générale via la pompe cardiaque, qui distribue le précieux liquide rouge vif et nouvellement chargé en O2 vers les différents organes. Les organes assurent par la suite leurs différentes fonctions.

C’est ce qu’il se passe chez un sujet sain. Cependant, chez le sujet asthmatique, les choses sont plus complexes. Car les poumons des asthmatiques sont sensibles à certaines substances ou variation de l’air. Qui enflamment les bronches. Ceci s’explique par le fait que les bronches en question développent une réaction d’hypersensibilité (allergie) à du pollen et au stress. Aux acariens et poils d’animaux. À la pollution et aux allergènes alimentaires. Mais aussi aux variations climatiques, à l’effort physique ou même aux fumées contenant du tabac.

Diminution de la taille des bronches chez un sujet asthmatique – Crédits photo : Wikimedia

Il en résulte dès lors une diminution du calibre des bronches et une sécrétion d’importantes quantités de mucus épais. Les bronches sont obstruées. L’air passe donc beaucoup plus difficilement dans les poumons, et le sujet ressent une sensation de difficulté respiratoire. « Comme si la respiration allait se couper ». La prise en charge de l’asthme est à ce jour basée sur l’usage de l’inhalateur en association absolue ou partielle avec deux autres médicaments. L’inhalateur contient un corticostéroïde (salmutamol) qui réduit l’inflammation.

Inhalateur utilisé pour le traitement de l’asthme – Crédits photo : PxHere

L’inhalateur peut être couplé à un bronchodilatateur agissant à long terme pour prévenir les prochaines crises. Ou à de l’albutérol, un bronchodilatateur agissant en cas de crise sévère. Avec le Dupilumab, on n’aurait désormais besoin que d’un traitement ou presque.

Comment agit le Dupilumab sur l’asthme ?

Le Dupilumab est du point de vue pharmacologique un anticorps monoclonal. Ce dernier agit sur le cycle de l’inflammation aboutissant à l’expression des symptômes de l’asthme en bloquant les cytokines IL-4 et IL-13 responsables de la cascades des réactions aboutissant à l’inflammation. Du coup, il agit sur les mêmes substances que celles à l’origine de l’eczéma.

Pour conduire ces recherches, les scientifiques à l’origine de la découverte ont testé le produit pendant une année sur un échantillon de 1 902 patients tous asthmatiques. Tandis que la moitié recevait des injections quotidiennes de Dupilumab, l’autre moitié recevait un placébo.

Placebo ou médicament ? – Crédits photo : PixHere

Les résultats sont spectaculaires. Puisque les patients à qui la molécule était régulièrement administrée faisaient 87 % moins de crises. Une nette amélioration de leur fonction respiratoire a également été constatée, ainsi qu’une diminution des concentrations sanguines des biomarqueurs témoignant d’un processus inflammatoire. Dont l’immunoglobuline E.

Tandis que du côté des patients recevant le placébo 6,5 % d’entre eux sont arrivés aux urgences au moins deux fois sur 12 mois. Ou ont été hospitalisés.

Quelques déboires tout de même

Une seconde étude a été menée sur 210 autres patients asthmatiques. Tous prenaient comme dans la première étude du Dupilumab ou un placébo. À ceci près que le protocole d’essai clinique associait également un corticostéroïde, la prednisone. Au bout de 6 mois, les patients prenant le Dupilumab ont pu stopper net la consommation de la prednisone, tandis que ceux sous placebo l’ont fait beaucoup moins rapidement.

Au final, les mêmes résultats. Une fonction respiratoire améliorée et des symptômes de l’asthme maîtrisés. Seule tache d’ombre : du côté des patients sous la molécule, 5 décès ont été répertoriés, contre 3 du côté de ceux sous placébo. Il n’y a aucune corrélation entre la prise du Dupilumab et les décès selon les scientifiques.

Et à quand sa commercialisation pour la prise en charge des patients asthmatiques ?

Aucune date n’est avancée pour l’heure, mais les essais cliniques et études mentionnés plus haut ont été conduits sous le haut patronage de laboratoires réputés. Dont Sanofi-Aventis et Regeneron.

Dans un communiqué publié le 3 avril dernier, Sanofi-Aventis annonçait avoir saisi l’Agence européenne des médicaments afin d’étudier le cas du Dupilumab en vue d’une mise sur le marché comme traitement contre l’asthme.