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Vins : des cépages interdits, mais plus productifs avec moins de pulvérisations

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Le riesling, un cépage répandu en Alsace pour le vin blanc. Crédits photo : Tom Maack, 23 octobre 2005, Wikimedia Commons

On le sait rarement, mais de nombreux cépages de vigne sont interdits en France. Cela concerne les pieds américains depuis 1878 et 1934 et a été repris par la réglementation de l’Union européenne. Pourtant, des ceps pourraient produire beaucoup plus que ceux que nous cultivons actuellement dans l’Hexagone, avec un impact environnemental davantage responsable. Le botaniste Roger Lamouline évoque la question dans L’Odyssée de la vigne.

La vigne : une culture souvent pointée du doigt

Il suffit d’avoir fait un peu d’histoire pour savoir que les populations américaines ont subi, à l’époque moderne, un véritable choc microbien au contact des premiers découvreurs européens. Des populations entières ont été décimées par la jaunisse, la rougeole, la variole… En sens inverse, on a pu voir la syphilis arriver en Europe, mais aussi des parasites et maladies inconnus des végétaux du vieux monde.

Les différents cépages de l’Hexagone, issus d’une même espèce Vitis vinifera, ont donc eu fort à faire face au phylloxera et au mildiou, entre autres dangers. Voici à quoi ressemble le mildiou, une moisissure :

Depuis, la lutte se fait par la greffe et l’utilisation de produits plus ou moins chimiques. Le fait que les vignes n’aient pas besoin d’abeilles pour la pollinisation ne contribue pas à limiter l’usage d’éléments pouvant s’avérer nocifs ou cancérigènes. De nombreux militants écologistes pointent du doigt ce mode de culture de la vigne, les alternatives biologiques étant relativement rares ou très limitées.

Les hybrides producteurs directs

Isabella, noah, clinton, herbemont, jacquez, othello… Ce sont, parmi d’autres, des cépages américains ou hybrides interdits dans l’Union européenne. Tous n’ont pas, loin de là, le goût « foxé » mal traduit par des chauvins en « pissat de renard »…

À la fin du XIXe siècle, en pleine crise d’oïdium, on se met à traiter les vignes françaises au sulfate de carbone, avec un traitement demandant 300 kg de ce produit à l’hectare. Le soutien de l’industrie chimique entraîne celui du gouvernement : l’importation des pieds américains, pourtant naturellement plus résistants, est interdite en 1878 pour privilégier un sulfatage généralisé.

En 1934, ce sont les hybrides producteurs directs américains qui sont prohibés en France. Ces variétés avaient été créées pour mieux résister au phylloxera sans nécessiter la moindre greffe. Ce chantier pourrait d’ailleurs être largement complété par de nouveaux mariages. L’interdiction a été dictée par le désir d’éviter une surproduction de raisins, laquelle aurait largement rebattu les cartes de la viticulture française. À titre d’exemple, l’aramon peut produire jusqu’à 400 hectolitres à l’hectare, soit presque 10 fois plus que le rendement moyen actuel des vignes dans le Bordelais. L’INA propose des images de 1930 sur le sujet :

Cette législation a été justifiée auprès de l’opinion publique en invoquant fallacieusement le problème de l’alcool de bois pouvant entraîner la cécité. Les contrevenants furent poursuivis, et les arrachages étaient presque terminés à la fin de la décennie 1950. Aujourd’hui, on trouve un peu de jacquez en Ardèche, mais c’est une exception.

En 1979, c’est l’Europe de Bruxelles qui reprend à son compte la réglementation française. Aujourd’hui, avec l’UE instituée en 1992-1993, encore plus de pays sont concernés. Les principaux lieux de résistance sont le fragolino en Italie, le seksarda en Croatie, l’uhudler en Autriche ainsi que des vins non exportés de Madère et des Açores. Mais il nous sera difficile d’y goûter !

Source :

Atramenta