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L’Assemblée Nationale unanime pour légiférer sur le gaspillage alimentaire

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À l’Assemblée Nationale, les députés ont adopté unanimement ce 10 décembre des mesures de lutte contre le gaspillage alimentaire, qui seront examinées par le Sénat début 2016.

Dans le contexte économique, social et environnemental actuel, et sous l’impulsion de la COP21, ce sont au total plus de 300 députés de tous bords politiques qui se sont accordés sur une proposition de loi visant à réduire le gaspillage alimentaire. Présentée par le député PS Guillaume Garot, ancien ministre délégué à l’Agroalimentaire, l’objectif est d’empêcher les grandes surfaces de plus de 400 m² de jeter la nourriture invendue encore consommable ou de la rendre délibérément impropre à la consommation, notamment par procédés de javellisation.

Dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, de telles mesures avaient déjà été introduites mais prohibées par le Conseil Constitutionnel par manque de modalités d’application. Structuré, avec une plus large portée, ce texte devrait davantage faire bouger les choses et faire évoluer les mentalités, là où la prévention et les avertissements n’ont pas eu d’impact. Début 2016, il devrait être présenté aux sénateurs dans le but d’une prise d’effet prompte et irrévocable.

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Réorganisation de la chaîne alimentaire: que prévoit au juste la loi et où iront les invendus ?

Jusqu’alors, les grand distributeurs jetaient généralement les denrées périmées mais encore propres à la consommation à la benne sans être inquiétés. Ils se verront désormais contraints à signer un protocole avec une ou plusieurs associations caritatives d’aide alimentaire afin de faciliter les dons, et ce dans l’année suivant la publication du texte de loi. En ce qui concerne les denrées de marques distributeurs, la responsabilité de dons reviendra aux fournisseurs. Le non-respect de ces dispositions pourra entraîner une amende de 3750 € ainsi qu’une peine d’affichage ou de diffusion de la décision.

Un décret est prévu pour fixer les conditions de mise en pratique, prenant notamment en compte les soucis d’hygiène et de sécurité. Toutes les denrées ne seront ainsi pas nécessairement consommées par l’homme et devront être classifiées en fonction des cas de figure, à des fins de compost pour l’agriculture, de valorisation énergétique ou encore de transformation pour l’alimentation animale.

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Crédit photo: Flickr – U.S. Department of Agriculture

Une autre manière de collecter, mais aussi un moyen pour les personnes dans le besoin qui se voient obligées de fouiller les bennes en quête de ravitaillement, et pour les militants, de conserver une certaine dignité.

Tous les niveaux étant touchés, il s’agira aussi d’étendre la lutte contre le gaspillage à tous les stades de la chaîne alimentaire, du producteur jusqu’au consommateur. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles un programme s’inscrira dans le parcours scolaire afin d’éveiller les consciences et de rendre ainsi responsable dès le plus jeune âge.

Enfin, les entreprises pourront faire mention de leurs actions de lutte dans leur rapport Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Gaspillage alimentaire dans le monde: des chiffres alarmants

D’après une étude menée en 2011 par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) pour le Congrès International, un tiers de la production alimentaire destinée à la consommation humaine finit aux ordures, soit près de 1,3 milliard de tonnes par an. Cela équivaut à près de 1000 milliards de dollars (soit 143$ par personne). De quoi donner le vertige ! En France, ce sont pas moins de 56 repas par foyer ou 100 € de pouvoir d’achat perdus par personne et par an.

Vous pouvez d’ailleurs suivre le gaspillage alimentaire en temps réel sur Planetoscope.

Un gaspillage qui va bien au-delà de la perte pécuniaire, puisqu’il implique inévitablement une surexploitation des ressources et une hausse des émissions de CO2. Encore plus parlant, il est responsable de pas moins de 7% des émissions mondiales et si on le comparait à un pays, il se situerait en troisième position, après la Chine et les États-Unis.

Bien que la tâche puisse paraître ardue, prendre les choses en main semble évidemment crucial. Donner plutôt que jeter ne relève que du bon sens.

Crédit photo principale : Flickr – jbloom