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Des millions de crabes pullulent en Australie pour se reproduire sur la plage

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La spectaculaire migration des crabes rouges de l’Île Christmas mise en danger par le réchauffement climatique ?

Ce mois-ci, une impressionnante et étrange migration annuelle a commencé sur une petite île australienne située à environ 800 kilomètres au large des côtes de l’Indonésie. Chaque année, des millions de crabes rouges adultes, les mâles en premier, les femelles ensuite, détalent hors des forêts du centre de l’île Christmas (ou Christmas Island, “île de Noël” en français), pour la traverser, et enfin arriver aux plages où s’échouent les vagues de l’océan Indien. Leur objectif est de mettre en scène une fête géante de crabe pour se reproduire : c’est ainsi qu’ils vont s’accoupler et pondre leurs œufs.

Crabes rouges de l'île Christmas, en Australie, lors de leur migration

Crédit photo: Park Australia

Selon les autorités du Parc national de l’Île Christmas, “les femelles vont passer deux semaines à couver leurs œufs avant de se rendre jusqu’aux falaises et plages pour pondre. Cela devrait se faire lors du 18 et du 19 décembre prochains. A l’aube de ces matins là, les femelles vont libérer leurs œufs dans l’océan, parfaitement calées pour la marée descendante.”

Crabes rouges de l'île Christmas, en Australie, lors de leur migration

Crédit photo: Wikimedia – Ian Usher

Regardez la vidéo ci-dessous pour observer ces crabes traverser lentement une route, une infime partie de leur dur voyage jusqu’à la plage :

Toujours selon Parks Australia, il y aurait des dizaines de millions de crabes (20 espèces au total), qui vivent sur l’île. Leur migration survient entre octobre et décembre et se déclenche lors des pluies caractéristiques de la saison tropicale humide de l’île.

Crabes rouges de l'île Christmas, en Australie, lors de leur migration

Crédit photo: Park Australia

Les rangers (gardes forestiers) ont installé jusqu’à 12 kilomètres de clôtures et d’infrastructures pour les crabes le long des routes, et chaque année ils ajoutent près de 5 kilomètres de clôtures temporaires supplémentaires afin d’aider à protéger les crabes et leurs rituels amoureux. Il y a déjà 34 “crab crossings” (passage pour crabes), qui sont essentiellement des buses sous les routes, permettant aux crabes d’éviter les voitures. Voici une vidéo expliquant à quel point les installations sont élaborées :

Mais cette invasion spectaculaire des crabes sur la plage peut être menacée par le réchauffement climatique. Les recherches menées par l’Université de Princeton ont permis de constater que les précipitations de pluies de plus en plus imprévisibles (potentiellement un symptôme du changement climatique), pourraient nuire à la réussite du périple des crustacés rouges, et donc compromettre leur survie.

L’étude révèle que si les fluctuations des précipitations deviennent plus extrêmes et plus fréquentes, les crabes pourraient s’embrouiller et même ne jamais commencer leur migration. C’est ce qui s’est passé pendant une saison exceptionnellement sèche en 1997. “Nous avons constaté que la date de début de la migration était vraiment dépendante de la pluviométrie qu’ils ont reçu au cours des semaines avant la migration”, a déclaré Allison Shaw, une auteure de l’étude, et maintenant professeure adjointe à l’Université du Minnesota. “Le problème pour les crabes, c’est qu’ils doivent migrer s’ils veulent se reproduire. S’ils ne peuvent pas se rendre jusqu’à la mer, ils ne seront pas capable de mettre au monde une descendance. Des perturbations dans les schémas de migration étaient liées notamment aux rudes années du phénomène climatique El Niño, qui ont tendance à assécher l’île Christmas”, indique Shaw.

Crabes rouges de l'île Christmas, en Australie, lors de leur migration

Crédit photo: Park Australia

Il y a encore beaucoup à étudier pour éclaircir le lien entre El Niño et le changement climatique, mais les tendances font leur apparition. “Le 20ème siècle est considérablement et statistiquement plus important dans ses activités d’oscillation australe (voir ENSO) que la moyenne de référence,” explique Kim Cobb, professeur agrégé du changement climatique à l’Institut de technologie de Géorgie.

“Si c’est le cas, l’île Christmas, qui abrite les crabes, va connaître des périodes plus intenses, et donc plus sèches,” affirme Allison Shaw. Le manque de pluie peut retarder ou annuler entièrement le flot pourpre de crabes, et les nuées de rejetons de crabes en résultant.

Crabes rouges de l'île Christmas, en Australie, lors de leur migration

Crédit photo: Park Australia

Toujours est-il que le temps de cette grande migration, qui peut durer jusqu’à 18 jours, le périple des crabes est un vrai régal pour les photographes et tous les amoureux de la nature.