Le cycle de la forêt est perturbé par les effets du changement climatique. Pour des forêts plus résilientes, l’intervention de professionnels passionnés et compétents est indispensable afin d’accompagner les arbres tout au long de leur vie.

Croissance, maturation, vieillissement et enfin, écroulement. Puis régénération : un nouveau cycle peut commencer. Le « cycle éternel », pour paraphraser la célèbre chanson d’un non moins célèbre dessin animé signé Disney, est aussi celui, immémorial, de la forêt.

Avec une surface qui a doublé en 200 ans pour couvrir plus de 30 % du territoire métropolitain, nous ne pouvons pas prendre le risque d’abandonner la forêt française au bon vouloir de la nature. Et ce pour une bonne raison : le réchauffement climatique. Responsable du dérèglement du climat, l’Homme est aussi, paradoxalement, indispensable pour aider les forêts à s’adapter et à faire preuve de résilience face aux conséquences de ce phénomène. Des conséquences qui sont déjà à l’œuvre, comme dans le Jura, où les chaleurs et sécheresses des dernières années, combinées aux attaques d’insectes xylophages (elles-mêmes favorisées par l’affaiblissement des arbres) ont décimé des milliers d’hectares d’épicéas et de sapins pectinés. Même au-delà de 1 000 mètres d’altitude, à des hauteurs que l’on pensait – à tort – préservées, au moins un temps, des assauts du réchauffement climatique.

Le forestier, un savoir-faire présent à chaque étape du cycle

Qu’elles soient publiques ou, comme c’est très majoritairement le cas en France, privées, les forêts ont donc plus que jamais besoin d’une intervention humaine. C’est le rôle des forestiers qui les accompagnent à chaque étape de leur cycle de vie. À commencer par le stade, primordial, du renouvellement forestier. Le renouvellement des forêts se réalise soit par une régénération naturelle, soit par la plantation : deux processus pour lesquels l’intervention technique du forestier est nécessaire. Le forestier doit ainsi déployer tout son savoir-faire pour décompacter le sol, éliminer la végétation concurrente, sélectionner les espèces adaptées au sol et au climat concernés, planter et protéger les jeunes plants des animaux qui pourraient les détruire, etc. Crucial, le soin apporté à cette étape du cycle de la forêt déterminera la manière dont celle-ci traversera les décennies, parfois les siècles à venir – un cycle actif s’étendant sur quatre générations humaines selon les essences d’arbres.

Particulièrement dense, la phase de renouvellement forestier est suivie par celle de la croissance. C’est au cours de cette longue période que le forestier va pouvoir marquer les arbres à valoriser, pour les distinguer de leurs voisins qui seront, le cas échéant, coupés pour donner plus d’espace et de lumière aux premiers. Des clôtures de protection peuvent encore être apposées à ce stade, et certaines coupes d’éclaircie, d’amélioration ou de régénération peuvent être décidées, de même que des opérations de débroussaillement et de terrassement nécessaires à la lutte contre les incendies.

Voici venu le stade de la maturation : certains arbres, désormais âgés d’une trentaine, d’une cinquantaine ou d’une centaine d’années, sont prêts à être récoltés et valorisés. Ici encore, seul le savoir-faire des forestiers permet de réaliser ces opérations en prenant soin de minimiser, au maximum, leur impact sur les autres habitants de la forêt (faune et flore).

Des approches complémentaires

Les forestiers interviennent à nouveau lors des phases de vieillissement et d’écroulement. Les forestiers le savent bien : s’il faut parfois couper tel ou tel vieil arbre pour empêcher qu’il ne constitue un danger pour le public et pour laisser la place aux plus jeunes, il convient aussi d’épargner certains sujets. Même mort, un arbre représente en effet un véritable havre de paix pour la biodiversité, une multitude d’insectes, de champignons et d’oiseaux y trouvant refuge et nourriture. Quant aux déchets végétaux restants, ils seront broyés sur place pour accélérer la régénération du sol, sol qui sera éventuellement retravaillé pour préparer l’ultime et dernière phase du cycle de la forêt : sa régénération.

Un nouveau cycle commence, les arbres poussant sous le regard attentif de leurs protecteurs. Comme le relève Alain Thibaudet, forestier à l’ONF dans la Loire, « une forêt non entretenue deviendrait une forêt dangereuse pour le public. En cas d’incendies, si les forêts étaient broussailleuses, le feu serait beaucoup plus ravageur et les équipes de secours ne pourraient pas intervenir ! ». Et l’expert de rappeler que « les forestiers sont des professionnels avertis. Leur responsabilité, ils l’assument avec passion et humilité ». Un constat largement partagé par Tammouz Eñaut Helou, Secrétaire général des Coopératives forestières : « les forestiers aussi aiment profondément les arbres. Leur maintien en bonne santé et leur pérennité sont au cœur de nos missions. Et nous ne nous contentons pas de protéger un ou deux arbres particulièrement emblématiques : par notre engagement quotidien et celui de nos prédécesseurs, ce sont des milliards d’arbres que nous entretenons. »

Si le secteur forestier est en première ligne face au changement climatique, la question de l’intervention ou de la non-intervention humaine est de facto poussée sur le devant la scène. Si certains plaident pour une nature libre de toute intervention, la réalité des défis climatiques et des épisodes récents, comme la crise du Jura ou les nombreux incendies qui ont marqué l’été 2022, rappelle la complexité de la situation. L’expertise des forestiers, essentielle, devient plus que jamais incontournable pour assurer l’équilibre délicat entre préservation et évolution.

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