Affaire Annick Petrus : la contrebande de cigarettes, symptôme d’une politique du tabac en échec. Interpellée à Roissy avec 110 cartouches de cigarettes non déclarées, la sénatrice Annick Petrus a ravivé un débat explosif : celui d’une fiscalité du tabac qui, loin d’endiguer le tabagisme, alimente un marché noir florissant. Derrière ce fait divers, c’est surtout toute la stratégie de santé publique qui est remise en question.
Une saisie révélatrice à Roissy
Le 4 mai dernier, à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, la sénatrice Les Républicains de Saint-Martin, Annick Petrus, a été interceptée par les douaniers avec une valise contenant 110 cartouches de cigarettes non déclarées. Une saisie d’envergure, largement supérieure aux seuils autorisés. Au final, l’élue a écopé d’une amende de seulement 4 900 euros et a vu la marchandise, d’une valeur estimée à plus de 14 000 euros, confisquée. Selon Mediapart, elle a échappé de peu à la garde à vue.
Si la sénatrice a reconnu avoir « commis une erreur », affirmant qu’elle « ignorait transporter ces marchandises », l’affaire dépasse le cadre d’une simple maladresse individuelle. Elle incarne un phénomène de plus en plus préoccupant qui touche donc jusqu’au plus haut niveau de l’État : l’essor massif du trafic de tabac en France, alimenté par des taxes parmi les plus élevées d’Europe et des prix devenus insoutenables pour nombre de fumeurs.
Une stratégie uniquement fondée sur le prix
Depuis janvier 2023, la fiscalité française du tabac est indexée sur le taux d’inflation, conformément à la Loi de financement de la Sécurité sociale. Une mesure qui prolonge vingt années de hausses continues : entre 2004 et 2024, le prix moyen d’un paquet de cigarettes est passé de 5 euros à 12,50 euros, soit une augmentation de 150 %. À l’échelle européenne, seule l’Irlande affiche des tarifs plus élevés.
En augmentant continuellement les prix des paquets, l’État entend décourager la consommation de tabac, responsable chaque année de plus de 75 000 décès en France. Mais dans les faits, les résultats sont contrastés. Si les ventes officielles de cigarettes diminuent, la consommation globale ne suit pas la même tendance. Une partie croissante de la demande se détourne du circuit légal pour se tourner vers le marché noir.
Explosion du marché noir
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 24,6 milliards de cigarettes consommées en France ne provenaient pas de chez les buralistes en 2024, c’est-à-dire près de 50 % d’entre elles, selon un rapport du cabinet de conseil KPMG. Ce volume fait de l’Hexagone le principal marché noir du tabac en Europe.
L’écart de prix avec les pays frontaliers est la principale explication de cette dérive. En France, un paquet coûte entre 40 % et 100 % plus cher qu’en Belgique, en Espagne ou au Luxembourg. De quoi inciter de nombreux fumeurs à franchir les frontières ou à s’approvisionner via des circuits illicites. Un tiers des fumeurs affirme ne pas avoir acheté de tabac chez un buraliste au cours des douze derniers mois.
« La méthode du prix ne fonctionne pas. Nous sommes les seuls dans l’Union européenne à appliquer une fiscalité comportementale aussi rigide », déplore Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes.
Un manque à gagner pour l’État… et pour les buralistes
Les répercussions économiques sont considérables. L’État perdrait près de 4 milliards d’euros de recettes fiscales chaque année à cause du marché noir. Les buralistes, de leur côté, subissent une perte estimée à 600 millions d’euros, due à une concurrence déloyale croissante.
Pendant ce temps, les trafiquants prospèrent. Le marché parallèle génère environ 2 milliards d’euros par an, soit l’équivalent des commissions versées à l’ensemble des buralistes français. Les marges y sont vertigineuses et il ne faut que quelques semaines pour qu’une usine clandestine devienne rentable et rapporte plus qu’elle n’a coûté. Ce commerce illicite constitue un défi majeur, à la fois sanitaire, économique et sécuritaire.
Des alternatives moins risquées sur la sellette
Dans ce contexte, l’intention du gouvernement d’interdire certaines alternatives au tabac, comme les sachets de nicotine (« pouches »), suscite l’incompréhension. Ces produits, sans combustion ni goudron, sont considérés comme moins dangereux que les cigarettes. Ils sont déjà utilisés dans plusieurs pays pour aider les fumeurs à réduire ou à cesser leur consommation de tabac.
Pourquoi ne pas faire de même en France ? Car pire, au lieu d’en encadrer strictement l’usage pour en interdire l’accès aux mineurs, la France s’apprête à les interdire, au motif qu’ils séduiraient un public jeune, qui pourra justement s’en procurer sans contrôle sur le marché noir. Une décision critiquée par de nombreux spécialistes de santé publique, qui plaident pour une approche pragmatique fondée sur la réduction des risques.
Une politique à réorienter d’urgence
L’affaire Annick Petrus, aussi embarrassante soit-elle sur le plan politique, éclaire surtout les limites d’une politique ne se basant que sur la hausse massive des prix par l’intermédiaire de l’augmentation des taxes, sans volonté politique réelle d’aider les fumeurs à arrêter de fumer en favorisant par exemple des alternatives crédibles qui ont fait leurs preuves ailleurs.
À force de miser exclusivement sur la hausse des prix, l’État pousse une part croissante des consommateurs vers des réseaux illégaux, tout en fermant la porte à des solutions potentiellement moins dangereuses. Un changement de cap s’impose. Il ne s’agit pas de tolérer le tabac, mais de mettre en place une stratégie plus réaliste, mêlant prévention, régulation des nouveaux produits moins dangereux que la cigarette et lutte efficace contre les trafics.
C’est à cette condition que les politiques de santé publique pourront regagner en cohérence et en efficacité. Bien malgré elle, la sénatrice Petrus aura mis en lumière une contradiction de plus en plus difficile à ignorer : celle d’un État qui taxe à outrance un produit toxique, tout en se privant des moyens de le rendre véritablement moins dangereux.






Comment une sénatrice peut-elle ignorer qu’elle transporte 110 cartouches de cigarettes ? 🤔
Merci pour cet article qui éclaire bien les enjeux de la fiscalité anti-tabac.
Pourquoi l’État persiste-t-il avec une politique qui ne fonctionne manifestement pas ?
Les trafiquants de cigarettes doivent se frotter les mains avec de telles politiques ! 😅
Et si on parlait des alternatives comme la vape ? Ça pourrait être une solution, non ?
Les buralistes vont-ils disparaître si ça continue comme ça ?
Je n’étais pas au courant de cette affaire Petrus, c’est vraiment fou !