Tendance
Économie d'énergie

« Un duel nucléaire à 9,2 milliards » : la France et la Russie s’affrontent pour contrôler le marché stratégique du combustible

Jessica Roux Par Jessica Roux
4 min de lecture
« Un duel nucléaire à 9,2 milliards » : la France et la Russie s’affrontent pour contrôler le marché stratégique du combustible
Illustration de l'innovation technologique du réacteur nucléaire VVER-S développé par Rosatom. Image réalisée par IA.
EN BREF
  • Le réacteur VVER-S de Rosatom utilise un contrôle spectral novateur pour optimiser l’utilisation du combustible nucléaire.
  • Le combustible MOX permet de réduire la consommation d’uranium naturel en valorisant des déchets nucléaires existants.
  • Le marché mondial du combustible nucléaire, évalué à 9,2 milliards d’euros par an, est en pleine expansion avec une demande croissante en Asie.
  • Framatome, acteur majeur français, développe des combustibles avancés pour améliorer la performance et la sécurité des centrales nucléaires.

La Russie avance à grands pas dans le domaine du nucléaire avec son réacteur VVER-S, une innovation qui pourrait transformer le marché mondial du combustible nucléaire. Ce réacteur, développé par le géant Rosatom, vise à répondre à deux défis majeurs du secteur : l’efficacité du combustible et la gestion des déchets radioactifs. Son utilisation d’un nouveau combustible, le MOX, pourrait révolutionner la manière dont nous exploitons l’énergie nucléaire, tout en réduisant considérablement les déchets générés.

Le réacteur VVER-S : une innovation russe prometteuse

Le réacteur VVER-S, développé par Rosatom, représente une avancée significative dans le domaine nucléaire. Ce réacteur, d’une puissance de 600 MW, utilise une technologie de modération et de refroidissement à l’eau, mais se distingue par son approche innovante de contrôle spectral. En ajustant le rapport entre l’eau et l’uranium, il permet à l’uranium-238 de capturer les neutrons excédentaires, produisant ainsi du plutonium utilisable comme combustible. Cette méthode réduit la dépendance au combustible frais et optimise l’utilisation de chaque gramme de matière fissile.

Le combustible MOX, utilisé par le VVER-S, est composé de plutonium et d’uranium appauvri. Ce mélange d’oxydes tire parti de déchets qui seraient autrement inutilisés, permettant une réduction significative de l’utilisation d’uranium naturel. Rosatom estime que le recours au MOX pourrait réduire de moitié la consommation d’uranium naturel, offrant ainsi des économies substantielles sur toute la durée de vie du réacteur.

« Il tient dans un simple container » : le réacteur nucléaire canadien bluffe le monde et humilie les géants du G7

L’impact économique du marché du combustible nucléaire

Le marché mondial du combustible nucléaire est un secteur de grande envergure, évalué à environ 9,2 milliards d’euros par an. Ce marché est soutenu par une consommation annuelle de 62 000 tonnes d’uranium naturel, nécessaire pour alimenter plus de 410 réacteurs opérationnels à travers le monde. Ces réacteurs produisent environ 2 900 TWh d’électricité, soulignant l’importance de ce marché pour la production énergétique mondiale.

Les principaux acteurs sur ce marché incluent des entreprises comme Framatome, Westinghouse, TVEL et Orano, qui investissent dans des combustibles avancés tels que les ATF (Accident Tolerant Fuels). La demande croissante en Asie, notamment en Chine, stimule le développement de nouvelles capacités nucléaires. Par ailleurs, l’essor des petits réacteurs modulaires (SMR) devrait propulser encore plus la croissance de ce marché dans les années à venir.

Nouvelles avancées technologiques : ce qui change dans l’industrie du gaz actuellement

Les réacteurs de quatrième génération : l’avenir du nucléaire

Bien que le VVER-S représente une avancée notable, il pourrait être rapidement dépassé par les réacteurs de quatrième génération. Ces systèmes avancés visent à améliorer la sûreté, réduire les déchets, optimiser l’utilisation des ressources naturelles et diminuer les risques de prolifération. Six concepts principaux dominent cette génération : le réacteur à très haute température (VHTR), le réacteur à eau supercritique (RESC), le réacteur à sels fondus (RSF), le réacteur à neutrons rapides à caloporteur gaz (RNR-gaz), le réacteur à neutrons rapides à caloporteur plomb (RNR-Pb), et le réacteur à neutrons rapides à caloporteur sodium (RNR-Na).

Des pays comme la Chine et la Russie ont déjà commencé à exploiter ces technologies, avec des prototypes industriels en fonctionnement. En France, bien que le projet Astrid ait été abandonné, des recherches sur les réacteurs à neutrons rapides (RNR) se poursuivent. Les États-Unis et le Canada investissent également dans des recherches sur les petits réacteurs modulaires (SMR), qui pourraient être déployés à grande échelle entre 2030 et 2050.

Influenceurs écolos, ONG, activistes… Acheter-des-Fans.com, le site qui décuple leur influence sur les réseaux sociaux

Framatome : l’innovation française dans le nucléaire

Framatome, le géant français du nucléaire, joue un rôle clé dans le développement de combustibles innovants. L’entreprise a récemment introduit un combustible monolithique U-Mo à haute densité pour le réacteur de recherche FRM II. Elle travaille également sur des combustibles à haut taux de combustion pour les réacteurs à eau pressurisée, optimisant les cycles de 18 à 24 mois. Framatome participe activement au programme Accident Tolerant Fuel (ATF), visant à développer des combustibles plus résistants aux accidents, avec une commercialisation prévue d’ici 2025. Cette stratégie assure à Framatome une place de choix sur le marché mondial, particulièrement aux États-Unis.

Alors que le secteur nucléaire continue d’évoluer avec des innovations telles que le réacteur VVER-S et les combustibles avancés, la question demeure : comment ces développements façonneront-ils le paysage énergétique mondial dans les décennies à venir, et quelles seront les répercussions sur l’économie et l’environnement ?

L’auteur s’est appuyé sur l’intelligence artificielle pour enrichir cet article.
Jessica Roux

Écologie, société et futurs possibles

Jessica Roux

Jessica Roux a été chargée d'études dans un observatoire régional de la santé avant de se consacrer à l'écriture. Elle suit pour VivreDemain.fr la société, la santé, l'alimentation, le développement durable et le recyclage, en s'appuyant sur les études publiées et les données publiques. Elle composte ses déchets depuis quinze ans dans un petit jardin de Tours.