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« Ces pommes imparfaites pourraient sauver la planète » : apprendre à les aimer réduirait l’usage massif de pesticides et transformerait notre agriculture en profondeur

Jessica Roux Par Jessica Roux
4 min de lecture
« Ces pommes imparfaites pourraient sauver la planète » : apprendre à les aimer réduirait l’usage massif de pesticides et transformerait notre agriculture en profondeur
Des pommes tachées dans un verger, symboles d'une agriculture en transition vers des pratiques plus durables et respectueuses de l'environnement.
EN BREF
  • La tavelure du pommier est une maladie mondiale causée par le champignon Venturia inaequalis.
  • Les efforts de sélection ont été contournés par des souches virulentes provenant d’habitats sauvages.
  • Le plan EcoPhyto vise à réduire de 50 % l’usage des pesticides dans les vergers de pommes.
  • Promouvoir des variétés moins sensibles et sensibiliser le public pourrait réduire la dépendance aux fongicides.

Dans le contexte actuel de préoccupations environnementales croissantes, la question de l’utilisation des pesticides dans l’agriculture devient de plus en plus pressante. L’industrie de la pomme, en particulier, est confrontée à des défis majeurs liés à la tavelure du pommier, une maladie qui nécessite de nombreux traitements fongicides. Cette pratique menace non seulement l’équilibre écologique, mais aussi la santé des consommateurs. Il devient impératif de repenser notre approche envers cette culture emblématique et d’envisager des solutions durables qui pourraient transformer notre relation avec les pommes, surtout celles qui portent des taches, souvent méprisées.

Le pommier et la tavelure, de vieux compagnons de route

La tavelure du pommier est une maladie omniprésente qui affecte les pommiers à travers le monde. Elle est causée par le champignon Venturia inaequalis, qui a coévolué avec le pommier au fil des millénaires. Cette maladie est particulièrement intéressante car elle trouve son origine dans les montagnes du Tian Shan, à la frontière du Kazakhstan et de la Chine. C’est là, parmi les pommiers sauvages, que la tavelure a développé sa diversité génétique, partageant ainsi un lien historique avec l’espèce Malus sieversii, l’ancêtre des pommiers domestiques actuels.

Au cours de l’histoire, la domestication du pommier a commencé en Asie centrale avant de s’étendre à l’Europe, intégrant diverses espèces de Malus. Ce processus a favorisé l’adaptation du champignon aux nouvelles variétés, augmentant ainsi sa virulence. Aujourd’hui, alors que le pommier domestiqué a été diffusé sur tous les continents, la tavelure continue de provoquer des dégâts importants. Comprendre cette relation ancestrale entre le pommier et la tavelure est crucial pour développer des stratégies de lutte plus efficaces et durables.

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De quelle façon les voyages de la tavelure des habitats sauvages vers les vergers ruinent-ils les efforts des sélectionneurs

L’introduction involontaire de la tavelure dans les vergers par des activités humaines a eu des conséquences désastreuses pour les sélectionneurs. Dans les années 1980, l’introduction du gène de résistance Rvi6, issu de Malus floribunda, semblait être une solution prometteuse. Toutefois, cette résistance a rapidement été contournée par des souches virulentes du champignon, présentes de manière insoupçonnée en Europe.

Cette situation met en lumière le rôle essentiel des habitats sauvages comme réservoirs de diversité génétique et de virulence. La présence de populations résistantes dans ces environnements naturels a contribué à l’échec des efforts de sélection, soulignant la nécessité de prendre en compte l’interaction complexe entre le pommier, son environnement naturel et les stratégies de lutte contre la tavelure. Les stratégies de lutte doivent donc être repensées pour inclure une gestion intégrée des vergers et des habitats sauvages.

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Des vergers sans fongicide : un changement de paradigme s’impose

La réduction, voire l’élimination des fongicides, est un objectif ambitieux mais nécessaire pour une agriculture durable. Le plan EcoPhyto vise une réduction de 50 % des pesticides, mais sa mise en œuvre soulève des questions cruciales sur sa faisabilité. Les variétés de pommes les plus cultivées sont très sensibles à la tavelure, et l’absence de fongicides pourrait entraîner des pertes économiques significatives.

Pour inverser cette tendance, il pourrait être nécessaire de réglementer la plantation de variétés sensibles et de promouvoir l’agriculture biologique. Cependant, cette transition nécessite un accompagnement financier pour les producteurs et une adaptation des réglementations concernant les imperfections esthétiques des fruits. Cette transformation pose la question de savoir si nous sommes prêts à accepter des pommes moins parfaites pour une meilleure santé écologique.

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Changer les pommes, changer les habitudes

Un changement significatif dans les habitudes de consommation et de production est crucial pour réduire l’utilisation de fongicides. La création d’un « pesti-score », indiquant la quantité de traitements appliqués, pourrait sensibiliser les consommateurs aux impacts environnementaux des pommes qu’ils choisissent. Parallèlement, l’introduction de variétés moins sensibles à la tavelure, issues de pommiers sauvages, pourrait offrir une alternative viable.

Des campagnes de promotion pour des variétés peu sensibles, comme la reine des reinettes, pourraient également aider à diversifier les vergers et réduire l’utilisation de produits chimiques. Sensibiliser le public à l’importance de ces variétés pourrait être une étape clé pour encourager un changement de paradigme. Cette transformation nécessitera une collaboration étroite entre producteurs, distributeurs et consommateurs pour encourager l’adoption de pratiques plus durables.

Face aux défis écologiques actuels, la question de l’acceptation des pommes tachées pour réduire l’utilisation de pesticides prend tout son sens. Sommes-nous prêts à accepter des fruits moins esthétiques mais plus respectueux de l’environnement ? Cette question, au-delà de son aspect agricole, interpelle notre rapport à la nature et aux ressources que nous exploitons. Comment, en tant que société, allons-nous répondre à ce défi tout en préservant notre santé et notre planète ?

Jessica Roux

Écologie, société et futurs possibles

Jessica Roux

Jessica Roux a été chargée d'études dans un observatoire régional de la santé avant de se consacrer à l'écriture. Elle suit pour VivreDemain.fr la société, la santé, l'alimentation, le développement durable et le recyclage, en s'appuyant sur les études publiées et les données publiques. Elle composte ses déchets depuis quinze ans dans un petit jardin de Tours.