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Tabac : la stratégie française en question après l’interdiction des puffs

Jessica Roux Par Jessica Roux
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Tabac : la stratégie française en question après l’interdiction des puffs

Le tabac demeure la première cause de mortalité évitable dans l’Hexagone, avec environ 75 000 décès par an. Pourtant, la stratégie française s’éloigne de celle adoptée par certains de ses voisins européens. Au Royaume-Uni et en Suède, les autorités sanitaires ont fait le choix d’encadrer les nouveaux produits nicotiniques plutôt que de les interdire. Résultat : la Suède, où les pouches sont largement utilisés, est en passe de devenir le premier pays européen à passer sous la barre symbolique des 5% de fumeurs quotidiens.

Une stratégie française à contre-courant

En France, au contraire, la suppression des puffs – effective depuis février 2025 – et la volonté de retirer les pouches du marché risquent de priver certains fumeurs d’outils de sevrage. Plusieurs études soulignent que ces produits sont majoritairement consommés par des adultes déjà dépendants, et qu’ils attirent peu les non-fumeurs, en particulier les adolescents.

Cette politique restrictive est d’autant plus critiquée qu’elle intervient dans un contexte d’inefficacité persistante de la lutte contre le tabagisme. Malgré une hausse régulière du prix du paquet – passé à 12,50 € – la proportion de fumeurs quotidiens reste stable, autour de 31 %, selon Santé Publique France.

Une industrie florissante, des alternatives sacrifiées

Dans le même temps, les géants du tabac continuent d’afficher une santé financière insolente. Et les buralistes, seuls autorisés à vendre du tabac, conservent un monopole renforcé par un soutien public massif : plus de 4 milliards d’euros de subventions leur ont été alloués depuis le début des années 2000.

Certains analystes y voient un effet pervers : en interdisant les alternatives, la France renforcerait involontairement la position des cigarettiers et des buralistes, tout en affaiblissant les outils de réduction des risques. D’autant que cette interdiction ouvre la voie à un autre phénomène inquiétant : l’explosion de la contrebande.

La montée du marché noir

En 2024, les douanes ont saisi près de 500 tonnes de tabac et produits nicotiniques de contrebande. Un chiffre conséquent, qui illustre l’ampleur croissante d’un marché noir difficile à endiguer.

Un appel à la régulation, non à la répression

Dans ce contexte, plusieurs voix appellent à un changement de cap. Plutôt qu’une interdiction brutale, des experts plaident pour une régulation stricte des produits sans combustion : contrôle des ventes, limitation de l’accès aux mineurs, campagnes de prévention, et encadrement public de ces nouvelles pratiques.

À leurs yeux, les alternatives nicotiniques peuvent jouer un rôle clé dans la transition vers un modèle de consommation moins nocif, à condition d’être intégrées dans une politique cohérente de santé publique.

À défaut, la France pourrait bien passer à côté d’une opportunité historique de transformation en profondeur de sa politique de lutte contre le tabagisme. Et continuer, malgré elle, à entretenir les intérêts d’une industrie que les pouvoirs publics peinent encore à défier.

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Jessica Roux

Écologie, société et futurs possibles

Jessica Roux

Jessica Roux a été chargée d'études dans un observatoire régional de la santé avant de se consacrer à l'écriture. Elle suit pour VivreDemain.fr la société, la santé, l'alimentation, le développement durable et le recyclage, en s'appuyant sur les études publiées et les données publiques. Elle composte ses déchets depuis quinze ans dans un petit jardin de Tours.