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« Perdu 17 jours sous un géant de glace » : un robot refait surface avec une découverte capitale sur la fonte des icebergs qui sidère les scientifiques

Agnès Pradel Par Agnès Pradel
4 min de lecture
« Perdu 17 jours sous un géant de glace » : un robot refait surface avec une découverte capitale sur la fonte des icebergs qui sidère les scientifiques
Robot glider explorant les profondeurs sous l'iceberg A-68a, collectant des données cruciales pour la compréhension des mécanismes de fonte en Antarctique.
EN BREF
  • L’iceberg A-68a, avec ses 6 000 kilomètres carrés et 200 mètres d’épaisseur, a été étudié pour comprendre la fonte basale.
  • Les robots gliders ont révélé comment la fonte change la structure des couches océaniques, perturbant les échanges climatiques.
  • La remontée de nutriments stimule la croissance du phytoplancton, impactant la chaîne alimentaire marine.
  • Les données inédites collectées affinent les modèles climatiques, offrant un nouvel éclairage sur l’impact des géants de glace sur le climat.

En 2017, l’iceberg A-68a, colossal par sa taille, se détachait de la plateforme Larsen-C en Antarctique, captivant l’attention des scientifiques du monde entier. Avec ses 6 000 kilomètres carrés et 200 mètres d’épaisseur, cet immense bloc de glace offrait une occasion unique d’étudier les mécanismes complexes de la fonte des glaces. En 2021, alors qu’il approchait de l’île subantarctique de la Géorgie du Sud, une mission scientifique a été lancée par le navire RRS James Cook. Grâce à l’utilisation de robots gliders, ces chercheurs ont pu recueillir des données précieuses et inédites, nous offrant un aperçu des changements environnementaux provoqués par ces géants de glace.

La fonte basale : un phénomène sous-estimé

Les icebergs ne fondent pas simplement à leur surface. L’interaction entre la glace et l’océan joue un rôle crucial, notamment par le biais de la fonte basale, qui se produit sous la surface de l’eau. Les données collectées par les robots gliders ont révélé que l’iceberg A-68a modifiait les couches d’eau environnantes, affectant particulièrement l’« eau hivernale ». Cette couche froide, formée pendant l’été austral, agit normalement comme une barrière entre les eaux de surface et les eaux profondes. Lorsque cette barrière est érodée, le cycle naturel des océans est perturbé, avec des conséquences potentiellement significatives pour l’écosystème marin.

Ces découvertes éclairent d’un jour nouveau la dynamique des icebergs, soulignant l’importance de la fonte basale dans la régulation des échanges thermiques entre l’océan et l’atmosphère. En comprenant mieux ces processus, les scientifiques peuvent affiner leurs modèles climatiques et anticiper les impacts du changement climatique sur notre environnement.

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Un impact écologique : la remontée des nutriments

La disparition de la barrière naturelle provoquée par la fonte basale de l’iceberg A-68a a permis une remontée inattendue de nutriments des profondeurs océaniques. Ces eaux riches en éléments comme le fer et la silice stimulent la production primaire et la croissance du phytoplancton. Ce dernier constitue la base de la chaîne alimentaire marine, alimentant directement ou indirectement une multitude d’espèces, des krills aux baleines.

Ce processus, encore mal quantifié, est essentiel pour comprendre l’absorption du carbone par l’océan et son rôle dans la régulation climatique. Les échanges accrus entre l’océan et l’atmosphère, induits par cette prolifération de la vie marine, ont un impact significatif sur le climat global. Cette dynamique complexe met en lumière l’interconnexion entre les phénomènes locaux et les tendances climatiques mondiales.

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Une mission technologique en période de confinement

Face à la pandémie de COVID-19, la mission scientifique autour de l’iceberg A-68a a dû s’adapter. Pilotée à distance depuis l’Angleterre, chaque membre de l’équipe guidait les robots gliders à travers les images satellites disponibles. Ce contexte exceptionnel a révélé la résilience et l’ingéniosité des chercheurs, capables de surmonter les obstacles posés par la situation sanitaire mondiale.

Malgré des défis techniques, comme la perte d’un des planeurs dans les glaces, l’équipe a réussi à recueillir un trésor de données grâce à un autre robot, resté coincé sous l’iceberg pendant 17 jours. Cet exploit technologique a permis de documenter, pour la première fois, l’effet d’un iceberg géant en train de fondre, enrichissant ainsi la compréhension scientifique des processus impliqués.

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Les conséquences climatiques des géants de glace

A-68a n’était que le début d’une série d’événements liés aux icebergs géants. D’autres mastodontes, comme A-23a, ont suivi une trajectoire similaire vers la Géorgie du Sud. Ces masses de glace modifient la chimie de l’océan et perturbent les circulations thermohalines, influençant ainsi les habitats marins et les échanges atmosphériques.

Les scientifiques disposent désormais de données précieuses sur la température de l’eau, la salinité, la concentration en chlorophylle et la turbidité. Ces paramètres sont essentiels pour comprendre les interactions entre l’océan Austral et l’atmosphère, et leur influence sur le climat européen. Alors que l’iceberg A-68a s’est disloqué, son héritage scientifique continue d’éclairer les enjeux climatiques mondiaux.

Les découvertes faites grâce à l’iceberg A-68a soulignent l’importance de la recherche scientifique dans la compréhension des changements climatiques. En adaptant les modèles climatiques avec ces nouvelles données, nous pouvons mieux anticiper les effets futurs sur notre planète. Alors que la glace continue de fondre et que les interactions océaniques se complexifient, quelles seront les prochaines étapes pour les scientifiques afin de protéger notre environnement et garantir un avenir durable pour les générations futures ?

Agnès Pradel

Écologie, société et futurs possibles

Agnès Pradel

Agnès Pradel a été technicienne dans un bureau d'études en environnement, chargée des inventaires de faune et de flore. Elle écrit pour VivreDemain.fr sur la biodiversité, le climat et la pollution : espèces menacées, qualité de l'air et de l'eau, rapports scientifiques et politiques publiques. Elle participe chaque printemps au comptage des oiseaux de son village.