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Dans les débats contemporains sur le changement climatique, les femmes sont fréquemment représentées selon deux stéréotypes dominants : celui de « sauveuses » de la nature ou de « victimes » particulièrement vulnérables aux impacts climatiques. Ces visions simplistes négligent les dynamiques de pouvoir et les facteurs structurels qui sous-tendent ces stéréotypes. En se basant sur des décennies de recherche sur les questions de genre et l’environnement, cet article explore ces représentations et plaide pour une compréhension plus nuancée qui ne perpétue pas les injustices de genre dans la transition vers des économies durables.
Les femmes comme sauveuses

Le concept de femmes en tant que « sauveuses » repose souvent sur leur rôle dans le travail de soin non rémunéré et leur engagement dans la préservation des ressources naturelles. Les femmes et les filles assument une part disproportionnée de ce travail, essentiel à la survie quotidienne et au soin intergénérationnel dans leurs communautés. Cependant, cette inégalité, enracinée dans des normes patriarcales de longue date, engendre également des inégalités dans les opportunités économiques.
Dans les ménages plus aisés, les femmes peuvent externaliser leurs tâches de soin non rémunérées à des travailleuses payées, souvent issues de foyers socialement marginalisés. Cela leur permet d’accéder à des emplois mieux rémunérés et formels, les positionnant moins fréquemment dans le discours des « sauveuses » du climat. À l’inverse, les femmes des foyers marginalisés et à faible revenu n’ont d’autre choix que de compter sur leur propre travail non rémunéré pour subvenir aux besoins de leur famille.
Ces femmes effectuent également des tâches ardues telles que la collecte de combustible et d’eau et l’entretien des bâtiments sans commodités modernes. Elles disposent de moins d’opportunités de marché que les membres masculins de leur famille, ce qui les amène à entreprendre des activités productives non rémunérées mais intensives en main-d’œuvre, telles que l’élevage de bétail et la culture de cultures agricoles.
Les femmes comme victimes
Le stéréotype des femmes en tant que « victimes » plus vulnérables face au changement climatique repose une fois de plus sur des perceptions partielles. Ce point de vue uniformise les femmes, ignorant les différences façonnées par le genre, l’ethnicité et le lieu. Une approche plus nuancée révèle que toutes ne sont pas également affectées par les impacts climatiques, ni également impuissantes.

Le changement climatique peut avoir des effets différenciés selon le genre sur la santé, en raison de différences physiologiques ainsi que de celles construites socialement. Des recherches montrent que l’augmentation des températures et de la pollution est corrélée à des complications lors de l’accouchement et pour les nourrissons. Les rôles de genre socialement construits ont placé les femmes dans une position désavantageuse face aux événements météorologiques extrêmes.
Par exemple, elles ont moins de chances de savoir nager ou grimper aux arbres que les hommes. Lors du tsunami asiatique de 2004, 70 % des personnes décédées étaient des femmes, dont beaucoup étaient piégées avec des enfants dans leurs foyers. Les rôles de genre exposent également la santé des femmes à des risques en temps « normal ». Un tiers des habitants de la planète cuisinent avec des combustibles polluants, la majorité étant des femmes.
Les responsabilités de soin et la vulnérabilité climatique
Why stereotypes of women as ‘saviours’ or ‘victims’ in climate change debates are problematic#GenderEquality #JustTransition #Women #Care #ClimateChange https://t.co/BRLHc0Fh2B
— Down To Earth (@down2earthindia) January 22, 2025
Les responsabilités de soin des femmes amplifient leur vulnérabilité climatique. On a constaté qu’elles passent une heure supplémentaire par jour à s’occuper des membres de la famille souffrant de maladies liées au climat. La destruction des infrastructures sanitaires et des systèmes de réponse d’urgence lors de catastrophes intensifie ces besoins de soin. La rareté des ressources allonge leurs trajets pour collecter l’eau et le bois de chauffage.
Cependant, la victimisation n’est pas inévitable. Elle peut être évitée si les facteurs qui y contribuent sont reconnus et traités. Malgré les obstacles qu’elles rencontrent pour gagner décemment leur vie et leur exposition aux risques climatiques, les femmes continuent d’assumer la responsabilité principale de leurs familles.
Elles ont également mené des mouvements de résistance environnementale, tels que le mouvement Chipko en Inde en 1974 et le Mouvement de la Ceinture Verte au Kenya en 1977. Aujourd’hui, l’activisme climatique des femmes s’étend. Elles demeurent des défenseurs clés de la justice climatique et de genre.
| Stéréotype | Implications | Exemples |
|---|---|---|
| Sauveuses | Travail de soin non rémunéré, préservation des ressources | Femmes des foyers marginalisés |
| Victimes | Vulnérabilité accrue face aux événements climatiques | Tsunami asiatique de 2004 |
Les défis de l’agriculture industrielle
Il est également crucial de comprendre pourquoi les femmes sont souvent laissées à faire une grande partie du travail dans l’agriculture industrielle. Ce secteur, qui se contracte dans une grande partie du monde, dépend de niveaux élevés d’intrants chimiques et constitue une source majeure de destruction climatique et environnementale. Les femmes sont souvent des travailleuses salariées dans les chaînes de valeur mondiales car elles peuvent être payées à des salaires inférieurs.
Si l’agriculture propre aux femmes est moins destructrice pour l’environnement que celle des hommes, c’est parce que les exploitations qu’elles cultivent sont plus petites et nécessitent plus de main-d’œuvre, et qu’elles ont moins les moyens de se permettre des intrants chimiques. En prenant du recul par rapport à ces exemples, il est valable d’affirmer que les femmes et les filles du Sud global ont des empreintes carbone plus petites que le reste du monde car elles sont plus susceptibles de s’engager dans des formes de travail qui préservent plutôt qu’elles ne dégradent l’environnement.
Avant de les présenter comme des « sauveuses », il convient de se demander si ces rôles résultent d’une volonté personnelle. Les pratiques environnementales et de soin des femmes reflètent-elles leur choix, ou sont-elles façonnées par des contraintes patriarcales et des opportunités économiques limitées ? Ont-elles une affinité pour la nature ou manquent-elles simplement d’autres options ? Ce travail est-il reconnu et récompensé, ou explique-t-il leur position inférieure dans l’économie rémunérée ?
Vers une économie durable et équitable
Women are seen as ‘saviours’ or ‘victims’ in climate change debates: why this is a problem
byu/Sidjoneya inWomenInNews
Pour garantir que la transition vers une économie plus durable ne reproduise pas les injustices de genre, il est essentiel de se pencher sur ces questions. Le soin continuera d’être nécessaire dans une économie durable. La question reste : sera-t-il toujours de la responsabilité des femmes et des filles ? Ou organiserons-nous la production, la reproduction et le soin de manière à concilier justice climatique avec justice de genre et économique ?
Les mouvements de résistance environnementale menés par des femmes démontrent leur rôle crucial dans le plaidoyer pour la justice climatique et de genre. Leur activisme croissant souligne l’importance de reconnaître et d’agir sur les facteurs qui alimentent les stéréotypes et les vulnérabilités. Cependant, il est nécessaire de repenser les structures économiques et sociales qui sous-tendent ces représentations pour parvenir à une véritable équité.
Dans un monde en quête de durabilité, comment allons-nous réorganiser nos systèmes pour que les femmes soient des partenaires égaux dans la lutte contre le changement climatique ?





Merci pour cet article éclairant. Il est temps de changer notre vision des femmes dans la lutte contre le climat.
Je ne suis pas sûr que ces stéréotypes soient vraiment un problème. 🤔
Pourquoi les femmes sont-elles toujours les premières touchées par les crises climatiques ?
Article très intéressant et nécessaire. Merci !
C’est dommage qu’on ne parle jamais des hommes dans ces débats. 😅