La markeplace française aux 4 millions de membres, leader dans les prestations de services pour les particuliers et professionnels, a annoncé début décembre son ambition d’obtenir le statut d’entreprise à mission en 2024 et l’entrée au capital de l’ensemble de ses salariés. Nous avons interrogé son co-fondateur, Edouard Dumortier, sur l’évolution d’AlloVoisins et de nos modes de consommation.

Pouvez-vous nous expliquer le principe d’AlloVoisins ?
AlloVoisins est une plateforme de services entre particuliers qui rassemble plus de 4 millions de membres, fondée sur un concept simple et efficace. Cette marketplace connecte des « demandeurs », des personnes avec des besoins variés allant de petites tâches quotidiennes à des projets d’envergure, avec des « offreurs » capables de répondre à ces besoins. Les demandes peuvent couvrir un large éventail d’activités, telles que le bricolage, le jardinage, le soutien scolaire ou l’entretien automobile, et s’étendent même à des projets plus complexes comme la construction d’une maison, nécessitant des professionnels spécialisés tels que plombiers, électriciens, ou chauffagistes.

Les utilisateurs de la plateforme peuvent facilement poster leurs demandes, un processus aussi rapide que la rédaction d’un SMS, et celles-ci sont instantanément publiées en ligne. Les offreurs, qu’ils soient des particuliers souhaitant arrondir leurs fins de mois en partageant leurs compétences ou des auto-entrepreneurs cherchant à lancer et développer leur activité, répondent ensuite à ces demandes.

AlloVoisins représente ainsi une solution innovante et pratique pour mettre en relation les besoins spécifiques des uns avec les compétences et les services des autres, favorisant ainsi un écosystème dynamique d’entraide et de services.

Vous avez récemment annoncé l’entrée de l’ensemble de vos salariés au capital d’AlloVoisins ainsi que d’un nouveau fonds d’investissement. Pouvez-vous nous expliquer ce que cela va changer ?
L’intégration des salariés dans le capital d’AlloVoisins représente un changement significatif symbolisant l’aventure collective que l’entreprise est en train de vivre. En 2022, AlloVoisins a connu une croissance exceptionnelle, surpassée encore en 2023. Cette expansion rapide est attribuable au travail de toutes les équipes. L’entreprise cherche ainsi à concrétiser ces réussites en faisant participer tous les salariés au capital, renforçant leur sentiment d’appartenance et de contribution au succès de notre marketplace.

Parallèlement, AlloVoisins s’identifie comme une entreprise vertueuse, engagée envers les principes de l’économie collaborative, la mutualisation des ressources, et le vivre ensemble. L’association des salariés au capital est une démarche en parfaite adéquation avec ces valeurs, traduisant en interne ce que l’entreprise prône à l’extérieur.

Cependant, cette évolution ne modifie en rien le plan d’action de l’entreprise. AlloVoisins reste fidèle à sa stratégie et à ses objectifs initiaux. L’entreprise est claire sur sa direction et reste déterminée à poursuivre son développement et à réaliser ses ambitions.

Par ailleurs, vous évoquez votre souhait de devenir une entreprise à mission en 2024. En quoi AlloVoisins est légitime pour obtenir ce statut et quels sont les éléments sur lesquels vous allez travailler pour aller en ce sens ?
D’abord, AlloVoisins impacte le pouvoir d’achat des ménages. Chaque mois, l’équivalent de 11 000 postes à temps plein est généré, représentant presque 22 millions d’euros de transactions. Cela se traduit par un pouvoir d’achat accru que ce soit pour les consommateurs cherchant des options plus abordables ou pour les fournisseurs souhaitant compléter leur revenu ou lancer leur activité, comme les auto-entrepreneurs.

AlloVoisins a également un fort impact sociétal. Il favorise les interactions sociales, le vivre ensemble et la mixité, tant sociale que générationnelle. Par exemple, des retraités demandent de l’aide pour des tâches quotidiennes et des jeunes y répondent, créant ainsi des connexions intergénérationnelles.

Enfin, notre marketplace encourage la valorisation de soi à travers des initiatives personnelles et entrepreneuriales. L’idée est de soutenir chaque jeune dès 18 ans avec un numéro de SIRET pour que la France soit un terrain propice à l’entreprenariat. En pratique, cela permet à ceux cherchant un sens à leur activité professionnelle, ayant un talent ou une compétence de se lancer dans l’entrepreneuriat et de démarrer leur propre entreprise.

Comment analysez-vous la surconsommation actuelle dans nos sociétés et quels sont, d’après vous, les moyens pour y remédier ?
La surconsommation dans notre société présente un paradoxe intéressant. D’un côté, de nombreuses personnes expriment le désir de consommer moins et mieux. Pourtant, des événements comme le Black Friday continuent de connaître un succès retentissant, et des plateformes telles qu’Amazon battent des records de ventes, notamment durant la période des fêtes de Noël avec des livraisons en 24 heures de produits venant du monde entier.

En même temps, nous observons une prise de conscience écologique et environnementale croissante. Les gens commencent à se demander si une telle consommation est nécessaire. Cette évolution se reflète dans la montée en puissance du marché des textiles d’occasion, qui pourrait bientôt dépasser celui du neuf.

Face à cette situation, notre proposition est simple : continuez à consommer tout en réfléchissant à la manière dont vous consommez. Nous encourageons la réparation des objets endommagés, le soutien aux commerces locaux et la mutualisation des ressources afin de consommer de manière plus qualitative et économique tout en préservant l’environnement.

Vous évoquez dans votre livre « le futur de l’économie collaborative » la nécessité de changer notre modèle de consommation en évoluant « de la possession à l’usage », pouvez-vous préciser ? Quels sont les avantages économiques d’un tel modèle ?
Le passage de la possession à l’usage représente un changement de mentalité important. Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire de posséder tout ce que l’on utilise, surtout pour des objets dont l’usage est sporadique. Prenons l’exemple d’un taille-haie. Il y a 20 ans, si quelqu’un voulait tailler sa haie, il se rendait dans un magasin comme Castorama ou Leroy Merlin pour acheter un taille-haie neuf. Cet achat, souvent coûteux, affectait son pouvoir d’achat alors que l’outil n’était utilisé qu’une ou deux fois par an.

Ce que nous proposons, c’est de repenser ce besoin, en l’occurrence dans notre exemple l’important est de réaliser la taille de sa haie plutôt que d’acheter un taille-haie. Il y a d’autres solutions plus créatives et pratiques : emprunter l’outil à un voisin ou faire appel à quelqu’un qui sait le faire, moyennant une petite rémunération. Cela permet de répondre au besoin de manière efficace, tout en préservant le pouvoir d’achat et en étant bénéfique pour la planète. C’est cette flexibilité dans la consommation qui est essentielle.

AlloVoisins a un fort ancrage local puisqu’il permet à des particuliers de communautés proches géographiquement de se rendre des services. Quelles sont vos recommandations pour développer cette économie locale ?
Pour stimuler l’économie locale, il est essentiel d’encourager davantage d’interactions. Dans ce contexte, notre plateforme joue un rôle clé. Notre mission principale est de connecter les gens afin qu’ils puissent répondre à leurs besoins mutuels. Bien que nous soyons une plateforme en ligne, notre but ultime est de faciliter des rencontres réelles entre voisins.

Contrairement à la perception habituelle qui voit Internet comme une entité mondiale et distante, où l’on commande des produits asiatiques sur des sites américains pour une livraison en 24 heures, nous démontrons que le web peut aussi être un outil puissant pour renforcer l’économie locale. En mettant en relation les personnes vivant à proximité les unes des autres, nous offrons une excellente illustration de la façon dont la technologie peut servir l’économie de proximité.

Avez-vous l’impression, notamment sur AlloVoisins, que les Français se rendent plus de service en période d’incertitude économique ?
Nous sommes témoins d’une tendance durable, bien loin d’un simple effet de mode. Notre modèle, qui gagne de plus en plus en popularité, reflète un changement dans les habitudes de consommation. Les personnes choisissent de consommer différemment, soit par conviction personnelle – trouvant plus sensé de ne pas acheter systématiquement du neuf – soit en optant pour la mutualisation des ressources, comme mentionné précédemment.

Ensuite, concernant l’aspect économique, l’utilisation d’une plateforme comme la nôtre offre des avantages tangibles. Pour les demandeurs, elle garantit un niveau de qualité satisfaisant à moindre coût, contribuant ainsi à la préservation du pouvoir d’achat, un facteur clé pour nos utilisateurs. Pour les offreurs, elle représente une opportunité de compléter leurs revenus. Ces deux aspects – l’écologique et l’économique – sont au cœur de la valeur ajoutée que notre plateforme apporte à ses utilisateurs.

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