Solar Impulse 2: après la traversée de l’Atlantique, les confidences de Bertrand Piccard

Solar Impulse 2: après la traversée de l’Atlantique, les confidences de Bertrand Piccard

Bertrand Piccard livre ses confidences sur le long voyage qu’il vient d’effectuer à 8000 m d’altitude au-dessus de l’océan Atlantique, en provenance de New York.

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Solar Impulse 2 est presqu’enfin arrivé à la fin de son fastidieux périple autour du monde. Si l’avion alimenté par des batteries rechargées grâce à l’énergie solaire est resté un peu moins d’une année cloué au sol à Hawaï pour des raisons de problèmes techniques inhérents à ses batteries, il vient de réaliser une première en traversant l’Atlantique.

Arrivé hier très tôt à Séville en Espagne, Solar Impulse 2 prouve une fois de plus que les énergies propres ont bel et bien leur place au sein de notre société. Si demain n’est sans doute pas la date à laquelle nous verrons des avions de ligne voler grâce au soleil, il ressort beaucoup d’enseignements de l’initiative de ce pilote suisse, qui livra ses confidences à l’AFP repris par Science et Avenir, juste après son atterrissage au sud de la péninsule Ibérique.

AFP: comment s’est passée votre traversée ?
Bertrand Piccard : « Il y a eu beaucoup de jeu avec les nuages et les turbulences… Ce n’était pas un vol facile. Il fallait se frayer la voie entre des barrières de nuages, passer par dessus des nuages… C’était un vol assez tactique. Il y avait des moments où il fallait être très pilote, et puis des moments où je pouvais me laisser aller à vraiment réaliser que j’étais en train d’accomplir ce vol. J’étais en mode « pilote » la première journée, et puis la deuxième journée, je me suis dit : « Eh bien voilà, je suis sur l’Atlantique ». Le troisième jour, je me disais : « mon rêve est en train de se réaliser, peut-être que je vais arriver en Espagne, peut-être que je vais vraiment faire cette première traversée d’avion solaire sur l’Atlantique et il faut que j’en profite ». Pendant le vol qui dura 71 heures et huit minutes, j’ai très, très peu dormi, c’est sûr. Mais c’est tellement fantastique: on a l’entier de l’océan autour de soi, l’entier du ciel, au milieu de la nature, on vole avec la force de la nature, on vole avec le Soleil. C’est une harmonie exceptionnelle. J’ai voulu profiter de chaque moment. »

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AFP: avez-vous l’impression d’écrire l’Histoire ?
Bertrand : « C’est un vol que j’attends depuis 17 ans. Ça fait 17 ans que j’ai eu cette vision d’un avion solaire qui volerait jour et nuit, qui ferait le tour du monde, qui traverserait les océans. Lorsque cela se réalise, c’est un moment magique… Forcément, j’ai pensé à Charles Lindbergh parce que je l’ai rencontré quand j’avais 11 ans. On était tous les deux au décollage d’Apollo 12, et pour moi, Lindbergh, c’est un de ces héros qui a fait ce que personne ne pensait être possible. C’est un état d’esprit qu’il faut absolument encourager et aller dans cette voie-là. C’est pour ça que je pensais à Lindbergh. Moi, j’aimerais participer à développer l’utilisation des technologies propres. Il manque l’état d’esprit pour le faire. Il manque cet esprit pionnier chez les gens, dans les gouvernements, dans les entreprises, qui ferait que toutes ces technologies seraient utilisées au quotidien. »

AFP: et après ?
Bertrand : « On a en principe encore deux étapes, une qu’André Borschberg va faire en Egypte, et la dernière, que je ferai si tout va bien début juillet pour arriver à Abou Dhabi. Ce sera le moment d’utiliser tout ce qu’on a fait, tout ce réseau, tout ce qu’on a accompli jusqu’à maintenant pour vraiment pousser ces technologies propres. Hier, j’ai annoncé avec André la création du Comité international des technologies propres. Il manque un organisme international neutre qui sache de quoi il parle et qui puisse conseiller les gouvernements et les entreprises en fonction de leur situation géographique, climatique, sociale, économique, météorologique, etc. Et on voit que ça manque! Fonctionner au solaire pour l’aviation commerciale, on en est encore très loin. Pour l’instant, on n’arrive à transporter qu’une seule personne. Par contre, toutes ces technologies peuvent être appliquées pour les 97% de l’énergie consommée au sol.

En fait, ce n’est pas tellement notre style de vie qui pollue, ce sont les vieilles technologies qu’on emploie encore. J’avais créé il y a deux ans Future Is Clean, qui regroupe déjà 420 associations. On a des parrainages importants: le prince Albert de Monaco, Richard Branson (Fondateur de Virgin et aventurier passionné de montgolfières), Al Gore (ex vice-président des États-Unis, prix Nobel de la paix pour ses efforts contre le réchauffement planétaire). Mais maintenant, on veut aller plus loin. Le but, c’est vraiment de structurer tout ça pour lui donner une vraie existence. »

Crédit photo principale : Solar Impulse 2


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